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Ainsi va la vie… épisode n° 58... PAPA, RACCONTE-MOI UNE HISTOIRE ?…

Est-ce l’héritage de lointaines traditions familiales corses ou provençales,  inscrit dans mes gènes, puisque je ne les ai jamais vécues, dont il subsisterait des traces résiduelles 021 - Copie (2).jpgquelque part dans ma mémoire cachée ?

Ou  mon grand-père, homme d’exception à qui je voue aujourd’hui encore un amour indéfectible et dont, même à mon âge, il m’est impossible de songer sans qu’une boule n’entrave ma gorge et que mes yeux s’embrument,   qui me racontait en y mettant le ton, la voix, la force ou la douceur toutes sortes d’histoires dont il  jouait chaque scènes  qui m’a  incité à l’imiter  et à raconter des histoires aux enfants ?

 

Peut-être inconsciemment, que dans ces périodes troubles de ma petite enfance, ces instants-réfuges où je retrouvais  calme et équilibre m’ont poussés à me servir de cette thérapie toute en images, rêves  et douceur pour calmer, apaiser, sécuriser, amuser et endormir les enfants.

 

Ma première auditrice assidue fut ma petite sœur Valérie. Nana dans l’intimité de sa toute petite enfance, et parfois encore aujourd’hui entre nous comme un code secret,  avec qui mon rôle de frère de onze ans son ainé déborda naturellement, dans un environnement social compliqué, du cadre fraternel  vers des attentions bien plus paternelles. Souvent les images de la petite poupée traversent mon esprit et mon cœur. Le temps passe et rien ne s’efface ni les images ni les rires cristallins qui chantent dans ma mémoire.

 

Ensuite il y eu mes neveux et nièces et puis mon fils…..

 

  Mon fils. A peine avais-je éteint la lumière du plafonnier et posé la main sur la poignée de la porte de sa chambre pour la refermer qu’immanquablement une petite voix me rappelait :

- Attends ! Attends ! Papa !...

- Pourquoi ?

- Raconte-moi une Histoire ?

A vrai dire, tout autant que lui, j’attendais cet appel auquel je répondais pour faire durer le suspens :

- Non !... Pas ce soir.  Sachant qu’il insisterait et qu’évidemment je cèderais.

 

J’escaladais alors les trois barreaux de l’échelle d’accès  au lit supérieur, je m’allongeais à ses côtés, il se lovait sous mon bras et d’une voix légèrement plus sourde, que je savais soporifique, la machine à histoires se mettait en marche.

 

- Quelle histoire ?

 

- La chèvre de monsieur Seguin.

- Avec ses sabots vernis ?

- Oui ! Et sa barbichette de sous-officier…

 

Il la connaissait par-cœur et ne m’accordait aucun droit à l’erreur, faute de quoi il me reprenait de volée. Parfois ayant senti ses petits doigts lâcher ma main, qu’il tenait serrée, avant la fin de ma prestation, ce relâchement musculaire prouvant qu’il dormait, mais dans le   doute; il me suffisait  de rajouter un joli n’importe quoi à l’histoire pour le voir réagir…

- Mais non papa... tu te trompes….

Ou poursuivre son joli voyage dans les bras de Morphée

 

Par contre, les soirs de grande fatigue quand je sentais au rythme de son cœur et de sa respiration qu’il s’était endormi,  je me dégageais délicatement de l’étau de velours de ses bras. Mais il arrivait souvent que le marchand de sable pris dans de terribles perturbations météorologiques ou dans de gros embouteillages de nuages tarde à passer. Alors en attendant que l’homme à la cape sur son cumulus nimbus intervienne ; j’en entamais  une autre.

 

Mais la petite chèvre de monsieur Seguin et ses escapades me donnèrent droit un soir à une affirmation qui m’obligea  à réfléchir. Il me dit :

- Tu sais papa, cette histoire… c’est pas une histoire pour les enfants… elle est triste…Très triste...  

Et il avait raison. C’était moral mais triste. Alors j’eu l’idée de lui expliquer ce qu’était un épilogue… que je résumais par : une fin que l’auteur avait gardé secrète...

 

Et des épilogues j’en inventerais régulièrement pour sauver in extrémis la petite chèvre de sa fin programmée. Tantôt elle feignait d’être morte ; pour dans un dernier sursaut bondir et s’enfuir à toutes pattes. Tantôt un berger attiré par le bruit… et dans tous les cas, le loup surpris et penaud d’avoir manqué son coup restait sur sa faim.

 PICT0016 - Copie.JPG

Changer la fin d’une histoire fut quelques fois plus compliqué. Avec Gaspard de Besse ce bandit d’honneur je n’ai jamais raconté qu’il avait terminé définitivement ses belles aventures écartelé sur la place publique à Aix en Provence. Car pour les enfants mieux vaut que les héros ne meurent jamais. On n’imagine pas que ces personnages courageux et sympathiques, qui véhiculent morale et justice se fassent trucider par des méchants. D’ailleurs ne sont-ils pas immortels dans la mémoire collective? Alors d’autant plus dans les rêves d’enfants.

 

 Dans ces belles années où l’enfant image et retient tout ce qu’on lui raconte j’en  profitais pour lui instiller quelques belles pages d’histoire; d’Hercule au tambour d’Arcole, de Spartacus à Vidocq ; ce bagnard devenu ministre. Mais si  les exploits de Vidocq  en cavale le fascinaient le ministre ne l’emballait pas plus que ça.

 

 Les histoires au chevet de mon fils dureront de longues années et souvent il m’arrivait de ne pas précipiter mon départ alors qu’il dormait profondément simplement pour le regarder dormir et savourer jusqu’à la derrière goutte ces instants de bonheur qui se gravaient indélébiles au fond de moi et peut-être au fond de lui.

 

Instants magiques, instants inoubliables et pourtant éphémères. Que c’était beau, que c’était doux, merci la vie

 

Ainsi va la vie…

 

 (A suivre…)

 

Williams Franceschi 

 

 

 

 

 











20/05/2017
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