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Ainsi Va la Vie... épisode n°116 "Les méditations de Sam"

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Ils s’étaient jurés de ne jamais se revoir.
Etrange promesse. Que s’était-il passé ? Quel évènement avait pu les pousser vers un tel extrême, presque la main droite levée prête à prêter serment ?    Qu’avaient-ils pu se confier ou sentir de si grave, de si repoussant, d’odieux ou d’insidieux  pour en arriver à choisir un chemin sans retour ?

 

Sam, confortablement assis au fond de son fauteuil face à la fenêtre regardait à travers la baie la nuit se confondre lentement avec les premières ombres avant d’ensevelir le moindre espace  saupoudré de poussières de lumière. Les particules solaires encore en suspens se décolorants peu à peu pour se laisser séduire par des particules de lumière lunaires aux veloutés plus bleu que noir  entre les branches et le ciel, et d’encre sur les courbes des troncs, aux les creux des feuillages.

 

Pris par l’observation d’un phénomène qui ne lui était pas nouveau mais qu’il redécouvrait inlassablement avec bonheur, il en oublia même d’éclairer la pièce. Dans ce cocon, ses yeux, loin d’avoir les pouvoirs nyctalopes d’un chat,   s’accoutumèrent sans qu’il ne s’aperçoive de l’adaptation    à cette semi-obscurité qu’il trouvait  inconsciemment  très apaisante. Apaisante et douce.

La douceur pour Sam était une force indéfinissable et une qualité qu’il ne positionnait pas au-dessus des autres mais au-delà.

 

Pourquoi avaient-ils décidé de ne jamais se revoir ? Alors qu’en baissant les yeux au moment de se séparer le sourire contenu de Garance semblait sous-entendre l’envie contraire ?

 

Pourquoi, alors qu’en la scannant des pieds à la tête en toute discrétion durant leur entretien, même si  Sam savait que les femmes sentent mieux que quiconque le poids d’un regard, serait-il aussi léger qu’une plume, Sam ressentit cet indéfinissable courant le traverser. Et qu’au fil des mots, des échanges, des presque confidences et la manière délicate et réservée de les aborder il avait compris que la beauté intérieure de cette femme n’avait d’égal que son charme. Pourquoi cette prise de distance lancée sans vrai fondement et  avec un certain humour  quand on sait que bien souvent l’humour n’est qu’un leurre pour dissimuler une vérité flagrante ?

 

En observant les faisceaux des phares de la  voiture de son fils qui pénétrait dans la propriété et le balayage des vantaux du portail dans la lumière des luminaires du chemin d’entrée Sam se remémora la scène avec les enfants mais se focalisa surtout sur l’acte précèdent quand cette voix, dont il devina le visage sans se retourner,   lui demanda s’il aimait les enfants.

 

Il ferma les  yeux mais le film de son souvenir ne se projeta pas sur ses paupières. Il n’y discerna que des images aux contours aléatoires blanchis, presque surexposées et floues. Le rire de Laure, sa moue surprise, timide et gênée, et le regard de Garance qui semblait suivre chaque syllabes de chacun de  ses mots au fur et à mesure qu’ils s’effilochaient au sortir de sa bouche en glissant  sur l’ourlé de ses lèvres. Des mots qui jouaient une partition musicale en plus du récit comme pour mieux  la bercer. 

Elle n’écoutait pas ; elle vivait, marchait, flottait au milieu des vapeurs orientales aux senteurs d’épices et de jasmin,  parée de longs foulards de soies et cerclée de bijoux précieux sertis de pierres rares. Dans le cliquetis d’un long filet de thé elle était entrée dans le rêve en entrant dans l’histoire ou plus qu’une auditrice elle était devenue toute entière un personnage flamboyant et discret  des contes des mille et une nuits.

 

Il se souvint de ses yeux qui roulaient des siens à sa bouche et avoir pensé comme une révélation, qu’elle définissait  en l’exprimant par ces mouvements oculaires l’expression : Boire des paroles.

 

C’était loin tout ça. L’automne, l’hiver et le printemps n’avaient-ils duré qu’un trimestre à eux trois pour  lui donner l'impression d’être passés si vite ? Et en même temps,  il y avait tant d’eau qui avait pu couler sous le pont d’une existence où Sam ne fut que de passage, juste de passage.

 

- Papa ?

- Oui fils ?!

 

C’est drôle cette habitude qu’avait pris Sam d’appeler les objets, les animaux ou les gens, même les plus proches, par leur nom commun. Qu’il en parle ou qu’il s’adresse à elle ; Ramina redevenait la chatte,  César ; le chien, Madame Dupuis ; la voisine et ainsi de suite.

 

- Qu’est-ce que tu fais dans le noir ?

- Rien !

- Rien ? Alors à quoi tu penses dans ce silence ?

 

Le fils de Sam s’abstint, alors que sa main avait frôlé l’interrupteur, d’éclairer le salon. Sam y vit une forme de respect qu’il apprécia sans relever.

- Je ne pense pas vraiment. Je ressens et je m’interroge sans me poser de vraies questions. La semi-obscurité à le pouvoir de faire baisser un maximum les pressions et même de ralentir certaines fonctions du corps pour ne maintenir que les vitales en éveil.

- Oublier le corps pour ouvrir l’esprit

- En quelque sorte.

- Et cet esprit en plein éveil ; il se focalise sur quoi ?

- Sur un film

- Sur un film ?

- je devrais dire les images fixes d’un film.

- Et elles montrent quoi ces images ?

- Une petite fille…. et une femme

- Elle est belle ?

- La petite fille ?

- …évidement

- Exceptionnelle. La convenance me pousserait à dire que tous les enfants sont beaux à leur manière à leur façon et patati et patata… et jouer les faux derches pour ne blesser personne. Et en plus je le pense. Mais…  Mais là… C’est vraiment l’incarnation  du rêve de toutes les mamans.  Autant par les traits du visage que les lignes corps, leurs courbes, leurs rondeurs et leur douceur dans le moindre détail que par la précocité de sa finesse d’esprit.  C’est  l’archétype même de l’enfant idéal. Un délicieux mélange de Shirley Temple et Brigitte Fossey  au temps de  « Jeux interdits ».

- Dis-donc elle t’a marqué la petite princesse

- Plutôt !

- Et la femme ?

- Rien à voir ! Très très moche… une horreur ! … et con en plus un boulet !

Et malgré l’envie de rire qui lui chatouilla les narines Sam garda son sérieux. Mais son fils était-il dupe ou jouait-il son rôle ?

- J’en étais sûr… c’est tout à fait ton style de côtoyer le même soir dans la même pénombre favorable au rêve et au romantisme une poupée et un thon… Mais je te rappelle  il y a des moches que l’amour habille d’un charme fou et d’une élégance rare…

- C’est joli ça ! Mon fils. C’est de toi ?

- Non ! C’est de toi

- Ah bon ? M’en souvenais plus… C’est flatteur pour un père d’être cité par son fils. Je croyais que tu ne t’intéressais pas à mes bafouilles.

- Tu croyais ?

- Un peu…

 

Avec la montée de la lune, une nuit plus claire nappait maintenant de son brouillard satiné l’intérieur de la maison qui rendait propice un dialogue feutré, plus difficile sous une lumière crue.

- Non, je plaisantais. Elle n’était pas moche. A contraire. Mais elle aurait pu ça n’aurait rien changé.

- Et il est où ton problème ?

- Mon problème en englobe plusieurs. Comment un couple qui vient d’avoir une enfant, qui est censée être le fruit d’un amour, l’aboutissement et l’ouverture vers l’avenir… car faire un enfant c’est donner une suite physique à sa propre vie. C’est une belle et lourde décision. Alors quand on l’a prise, je pense en connaissance de de cause ; comment peut-on tout foutre en l’air en si peu de temps sans mesurer les conséquences sur cette petite poupée qui croit que son père est parti en voyage alors qu’il s’est fait la malle ?

- Et en quoi tu es directement concerné ?

- Je ne suis que très légèrement indirectement concerné. Pour la mère il faut laisser le temps avant de prendre une autre route. L’enfant lui, ne veut pas croire aux séparations définitives. L’enfant espère toujours que les choses s’arrangeront. Qu’il retrouvera ses deux parents ensemble ; aujourd’hui, demain ou plus tard…

 

-Mais s’ils ne s’aiment plus ?

C’est ça que je ne comprends pas. Il faut s’être aimé jusqu’à l’apothéose pour concrétiser un amour par l’envie de donner la vie. Et quand cette petite vie est là, après deux ans, on réalise qu’on s’est trompé ?

- Ça arrive tous les jours

- Ca ne me console pas.

- Tu es tombé amoureux de la mère et tu as peur des réactions de la fille ?

- Tu es d’une génération qui a le sens du raccourci… Si, supposons que si,  tu avais raison ; je dirais que je n’aurais pas peur des réactions mais des conséquences pour cet enfant de la présence d’un autre homme dans un nid où elle n’envisage d’autres présence que celle de son père… un jour les enfants du désamour prennent parfois conscience qu’ils sont aussi les enfants de l’erreur. Et c’est plus terrible encore

-Tu en parles bien

- Parce que je crois qu’on ne peut bien exprimer  que ce qu’on a vécu personnellement. Le reste n’est qu’extrapolation et philosophie.

- C’est ainsi que tu l’as vécu ?

- C’est ainsi que je le vis encore. Meme si les douleurs ont pratiquement disparues il subsiste toujours d’infimes cicatrices qui savent de temps à autre me rappeler à leurs souvenirs.

- Tu n’as pas oublié ?

- Non ! Mais comme l’a dit je sais plus qui : L’impardonnable serait de ne jamais pardonner.

 

Un long silence se tendit entre Sam et son fils. Et c'est le fils qui brisa la glace sur un ton enjoué   

 

-Mais, question a 100 balles : Tu es amoureux de la femme ou de la fille?

- Les deux sont indissociables.

- Alors restez amants, discrets mais amants

- On ne peut pas rester amants,  on ne l’a jamais été…

- Oui mais c’est tout comme… mais au fait ! Je croyais que tu ne cherchais pas à refaire ta vie ?

- Mais je ne cherche pas à refaire ma vie ! D’ailleurs l’expression n’est pas appropriée. Refait-on sa vie ? On la poursuit ; autrement, différemment, ou presque à l’identique. Mais on ne refait jamais. Parce qu’on n’est jamais vraiment libéré de son passé même si l’on s’en défend.

 

Il suffit d’un clic sur l’interrupteur de la lampe de chevet qui bordait le fauteuil de Sam pour qu’une lumière tamisée nappe le salon et dessine clairement les visages de Sam et de son fils et simultanément stoppe net la discussion.

 

DSC03389.JPG- Bon ! T’as vu l’heure ?

- Et Alors ?

- Y fait faim !

- Les enfants vous avez toujours faim.

 Le fils de Sam compléta en souriant.

- Je ne suis plus un enfant.

- T’as toujours faim quand même.

- Oui mais en attendant que tu es fini de cogiter sur ta dulcinée… C’est pizzas ou succhis ?

- Et non ! C’est poulpe à l’américaine avec du riz. C’est déjà prêt.  J’y ai passé une bonne partie de l’après-midi, y’a plus qu’à faire réchauffer. C’est toujours meilleur réchauffé

- Tu parles du poulpe ?

- En l’occurrence…

 

Ainsi Va la Vie…

 

(A suivre…)

 

Williams Franceschi

 

 

Quand les dialogues sont importants dans un texte par envie de connaitre la réponse de l’intervenant suivant,  la lecture s’accélère inconsciemment…. Maintenant que vous pensez connaitre le texte ; prenez le temps de le relire lentement… vous Verrez que certains détails vous ont échappé, et surtout qu’il n’aura pas la même saveur…

 

  

 

 

 

 

Les conseils de la semaine

 

34741798_10214394849323798_765633604762992640_n.jpg1) Concerts: le 4 et 5 Juillet  6ieme SIXTIES SORGUAISES   Sorgues (84) … Le  5 à 22h

Les VAGABONDS  et HELENE en première partie..... à ne pas manquer !!

 

2) Comédie: L'ETE S'RA CHAUD   

Isabelle Virantin   Sébastien THEBAUD jusqu'au 31 juillet Le dimanche à 20h45 et le mardi à 19h L' ATN Bègles    

 

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3)
Comédie Musicale: "Voyage en Italie"  Angela AMICO à Notre Dame du Brusc 06 Châteauneuf  Le 4 juillet à 21h

 

4) Concert: Joan Baez à l'Olympia jusqu’au  17 juin

 

5) Exposition et baptême de l'air: Aéro-club Luçon-Chasnais du 30 juin au premier Juillet  (85) Chasnais en Vendée  

 

6) Roman : «Une fille comme elle» En vous conseillant le dernier roman de Marc Levy je n’ai pas la prétention de faire évoluer les ventes qui,  seront certainement, avec celles de Guillaume Musso, les meilleures du moment. Juste envie de vous dire que je me suis régalé. Alors pourquoi pas vous ? Et que, serais-je épicurien ? Ce plaisir presque gustatif est  la seule chose qui m’importe.

 

7) Festival: du 25 au 30 juin 18ieme FESTIVAL INTERNATIONAL de GUITARE Lambesc (13)

 

8) Concert: Ennio MORRICONE  Tournée d'ADIEU ...le 23 juin à Nîmes...

 

 

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16/06/2018
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