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Ainsi Va la Vie… épisode n°171 « La dame qui se voyait moche et vieille.

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– Une vie sans amour c’est un jardin sans fleurs.

– La belle affaire. Jeta Sarah avachie sur sa table en dodelinant de la tête sur un ton désabusé tout en  observant le tourbillon que sa cuillère dessinait dans le peu de café qu’il restait dans sa tasse.

– Pourquoi tu dis ça ? L’interrogea Alex son voisin de table.

– Parce que c’est des mots. De jolis mots mais des mots. Si tu savais ma vie ?

Alex l’avait écoutée attentif et silencieux en espérant qu’elle poursuive mais rien ne déchira son mutisme.

 

Qu’avait pu vivre cette femme sans âge qui se maquillait à l’emporte-pièce, s’habille de fringues d’un autre siècle et avait dû dégotter une coiffeuse vintage sur les conseils d’une copine has been  pour obtenir des coupes de cheveux à nuque longue typique des années 70 et encore du tout début qu'elle coiffait avec un pétard a mèche. S’était-elle figée dans une époque qui l’avait marquée en  ignorant les modes et les années qui suivirent ?

 

Il aurait suffi de si peu pour qu’elle ne soit pas le reflet d’un temps révolu qu’elle représentait d’ailleurs assez mal au point d’en devenir une pale caricature.

Quel âge avait-elle en ce temps-là ? 25, 30 ? Alex se souvint qu’à cette époque il n’était encore qu’un gamin sur les bancs d’une école primaire qu’il évoquait parfois avec nostalgie en parlant d’un camarade, d’une institutrice, de la cantine, des jeux de billes, et des leçons apprises par cœur. Une époque où les grand-mères ressemblaient à des grand-mères de conte pour enfant au visage buriné cerclé d’un foulard pour cacher leurs cheveux blancs et maintenir leur mise en pli  plus que pour se protéger du soleil. Et même celles qui réussissaient à s’éloigner  de ce cliché, ne cherchaient pas à paraître vingt ans de moins ; d’ailleurs y seraient-elles parvenues.

 

Les temps changent et le monde évolue. Les grands-mères d’aujourd’hui osent les décolletés plongeants, les minijupes et souvent leurs seins et leurs jambes le méritent. Elles roulent en scooter ou en trottinette et revendiquent une sexualité qui leur était autrefois interdite. Il faut dire que bien des femmes de 70ans d’aujourd’hui en paraissent 50.

 

En moulinant ses réflexions sur les femmes d’aujourd’hui et celles de sa tendre enfance, Alex, en dépassant  le flou que provoquait sa fixation à travers un regard vide, redécouvrait la silhouette de Sarah et son visage que la lumière froide d’un soleil matinal auréolait.

 

La dureté de ses traits avait disparu au profit de contours cotonneux et aléatoire. La peinture hyperréaliste se métamorphosait en aquarelle.

Dieu, qu’elle devait être jolie conclut-il en forçant son regard à rester dans les vapeurs du rêve. Un rêve éveillé et conscient. Plus aucune ride, aucune ridule à fleur de lèvres, aucun cerne autour des yeux…Il vivait un voyage dans le temps dont il pilotait la machine.

 

Sarah senti le regard d’Alex. Ce regard bienveillant qui la caressait. Un regard indirect qui l’effleurait et qui même en se voulant discret, malgré sa douceur, devenait inquisiteur.

– Qu’est-ce que tu veux savoir ?

– Rien. tu avez commencé et puis…

– Et puis… y’a rien à rajouter. Rien que tu n’imagines déjà.

Cette légère agressivité cachait mal cette envie d’en dévoiler plus qui la démangeait. En dire plus, pas trop, juste plus, juste jouer sur un travelling arrière. Et sans qu’il insiste et certainement justement parce qu’il n’avait rien dit ; elle se lâcha.

– Au fond, t'as raison. Une vie sans amour c’est un jardin sans fleurs. Et je pourrais dire que j’ai vécu de merveilleuses floralies. Mais c’est loin. Très loin.

– De beaux souvenirs.

– Oui. De beaux souvenirs. Mais aussi beaux soient-ils, ça restent des souvenirs et ça ne suffit pas. Parce que la vie se conjugue au présent. Pas au passé. Et le présent…

Cette phrase tronquée par le doute et l’hésitation Alex aurait pu la terminer, la compléter, la poursuivre et lui soumettre des solutions qu’elle aurait  balayées d’une grimace et d’un revers de main. La connaissant il valait mieux s’abstenir. Néanmoins il la scanna des pieds à la tête en adoucissant son découpage grâce à de légers  sourires plus tendres qu’attendris.

Et puis, ce contrôle qu’il maintenait sur lui-même pour ne pas la froisser l’exaspéra.

Et merde ! se dit-il comme un cri du cœur. Il suffirait de presque rien…

– Peut-être dix années de moins… compléta-t-elle comme si les paroles de la chanson coulaient comme une évidence.

– Pas du tout. lui répondit-il sur un ton sec. Tu veux vraiment que je te dise ce que je pense ou tu t’en fous et tu préfères rester cloîtrée dans tes certitudes à la con ?

La question d’Alex aussi abrupte que directe la surprit au point d’en écarquiller les yeux.

– Tu te plais ?

– Non ! Répondit-elle sans donner plus de détails.

– Alors change ! Au lieu de te morfondre en tirant une gueule de cinq pieds de long ! CHANGE ! Si tu ne te plais pas, comment veux-tu plaire à quelqu’un. D’ailleurs si tu arrivais à plaire à un mec telle que tu es là, aujourd’hui, en plus avec ce caractère aigri par la situation ! C’est qu’il aurait sacrement mauvais gout.

– Salaud.

– Salaud si tu veux. Mais si être ton ami c’est te mentir ? Je ne suis pas ton ami.

– Mais je ne cherche pas…

– Bien sûr que tu cherches. Mais comme tu ne veux ni l’admettre, ni y croire ; tu attends. Et tu risques d’attendre longtemps.

– Change ! Il est rigolo celui-là

– Tu sais que j’ai raison ! Change. Change de look, de maquillage, de coiffure, de bijoux. Va voir une esthéticienne. T’as pas besoin de chirurgie c’est les détails qui clochent pas l’essentiel.

– T’es gonflé de me parler comme ça petit con.

– Le petit con t’emmerde. Et ne me parle pas de respect. Parce que ça, c’est la meilleure manière de creuser l’écart et de t’enfoncer encore plus. Aujourd’hui on a le même âge et y’a pas d’homme ou de femmes. Y’a juste deux amis.

Elle bougonna puis lui sourit ce qui l’autorisa à poursuivre.

– Change. Ne cherche pas à être celle que tu n’es plus, mais celle que tu as oublié de devenir.

Elle ne répondit pas. Change. Ne cherche pas à être celle que tu n’es plus, mais celle que tu as oublié de devenir.

Le conseil d’Alex tourna dans sa tête en boucle et en écho.  Et Alex comprit que son effet  avait été plus vif que prévu au point qu’il se mordit la lèvre mais un peu tard pour accuser des regrets.

 

Elle se leva et avant de quitter le café, Lui jeta un regard assassin dans lequel il aurait pu lire : « Va t’faire foutre » ou « Merci ! ».

 

L’automne et l’hiver passa sans que Sarah n’apparaisse ni au café ni ailleurs  et ne réponde aux quelques appels d’Alex.

Et puis le printemps arriva d’un coup sans transition comme si la saison chaude s’installait sans prévenir. Une surprise pour faire oublier une saison froide qui avait semblé sibérienne  même dans le sud de la France.

 

Alex venait juste de s’installer après avoir commandé son café quand il sentit la chaleur de deux mains se poser sur son cou et sa nuque.

– Monsieur Alex va bien ?

La voix reconnaissable entre mille avait pourtant pris dans les graves et le suave tant elle parlait doucement presque à murmurer.

– Oui Sarah. Il va bien.

Elle se pencha et lui posa un baiser sur la tempe puis contourna la table d’un pas lent et souple avant de lui demander si elle pouvait s’assoir en face de lui.

 

Le parfum qu’elle avait exhalé dans son baiser, s’il avait été la première note du changement n’en était qu’une parmi tant d’autres en prémices à une symphonie. Elle portait une robe légère et un chemisier qui par ses jeux de transparence laissait entrevoir, en s’ouvrant sur sa poitrine des courbes subjectives qui attirait sans dénaturer. Dans sa tenue le bleu dominait et par l’effet loupe de ses larges lunettes rappelait que ses yeux en conservaient le plus bel échantillon.  Ses cheveux, qu’elle n’avait pas coupés trop court, dans un blond qui se mêlait en mèches avec son blanc naturel cerclait son visage tout en harmonie et douceur.

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Le sourire qu’elle lança vers Alex aurait pu se traduire par :

– Alors ?

Et il aurait pu y répondre. Mais son regard fut attiré par sa main  qui maintenait son sac et ses ongles rouges qui précédaient quelques bagues et un bracelet.

La Sarah en jean et blouson élimé aux manches qui semblait arriver des halles en conduisant un poids-lourd crado  s’était métamorphosée en femme d’une rare élégance.

Alors ? lui répéta-t-elle derrière un sourire dont la blancheur sous son rouge à lèvre aurait pu tourner une pub pour Utrabrite.

– Je regrette juste une chose !

– Elle écarquilla les yeux cherchant la faute de goût qu’elle aurait pu commettre avant de reprendre les mots d’Alex sous une forme interrogative.

– Juste une chose ?

– Oui, juste une chose ; de ne pas t’avoir bousculée plus tôt !

Il se pencha sur la table, récupéra sa main qu’il embrassa avant d’ajouter :

–Tu es magnifique !

 

Ainsi Va la vie…

 

Williams Franceschi                                                                                                                                Photo: Sophie Vernet.

 

 

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28/09/2019
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