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Ainsi Va la Vie ... épisode n°300...AU HASARD D’UNE RENCONTRE

 

 

 IMG_20230817_171916 - Copie.jpg– Tu penses à elle ?

Adouci d’un léger sourire, lentement, Victor souleva son regard et le braqua vers Lisa, en biais, sans osciller la tête,  comme si cette interrogation inattendue  le sortait de ses songes.

– Si je pense à elle ? Mais de quelle « Elle » parles-tu?

– Tu as les yeux qui brillent…C’est significatif.

– Pas sûr !

– Pas sûr ?

– Non pas sûr … Je pensais…

– Tu pensais ?

– Je ne pensais pas. Je revoyais des images.

– Des images ?

– Un visage, des dents blanches presque lumineuses,  sous l’ondulation de lèvres qui accompagnait une musique de mots qui dansait en sortant de sa bouche.

– Qui dansait ? 

– Au point, qu’hypnotisé par le charme de cette chorégraphie pulpeuse et sensuelle, je captais, avec un certain retard, le contenu exact de ses paroles.

– Tu étais pris par le charme d’une bouche au point d’en oublier ce qu’elle te disait ?

– On pourrait  dire ça comme ça.

– Fallait qu’elle soit exceptionnelle cette bouche.

– Elle l’était.

– Et tu ne te souviens plus de ce qu’elle te disait ?

– Si…Si mais sur l’instant, ça ne me paraissait pas essentiel.

– Et maintenant ? Avec le recul ?

– Je l’entends. Une très jolie voix.

– Et ?

– Et rien ! Je revoyais des images y’a pas de quoi en faire tout un plat. Dans une heure j’y penserai plus.

– C’est fou comme les hommes mentent mal.

– Tu es jalouse ?

– Pas du tout !

– C’est fou comme les femmes mentent bien.

– Pourquoi je mentirais ? Et puis pour être jalouse il faudrait que… Et que je sache on est juste des copains, ou des amis pardon, mais… Il ne s’est rien passé entre nous.

– Et bien, avec elle non plus, il ne s’est rien passé.

– ….

Lourd silence. Victor consulta sa montre et prétexta un rendez-vous, non sans lui avoir posé un furtif baiser sur la joue, appuyé d’un : On se revoit mardi ?! Avant de s’éloigner sans attendre une réponse pourtant évidente.

 

Presque simultanément, à quelques encablures, dans un couloir de bureaux aseptisés, à l’heure de la pause-café.

 

Solène, le regard dans le vague, délayait le sucre  de son sachet dans son gobelet en carton. La lenteur de ses tours, le cassé de son poignet, son visage doux mais fermé, laissaient à penser ; que si son corps était bien dans le couloir de la machine à bavardage, son esprit papillonnait ailleurs.

– Alors Solène, t’es pas loquace ce matin.

– Heu… j’ai rien d’intéressant à raconter.

– Je peux comprendre. Mais… t‘as l’air pensive… des soucis ?

Son  sourire en réponse lui déclencha de petits rires hoquetant.

– Ça te fait rire ?

– Non, c’est pas ça… enfin si... Enfin non… ça ne me  fait pas rire. Sauf que…

– Sauf que ?

– Sauf que c’est pas un souci. C’est juste…

Elle tenta en vain d’ânonner un début  d’explications entre deux rires en virgules majuscules sans y parvenir.

– C’est quoi alors?

Devant l’insistance de sa partenaire de pause-café, elle hésita, tiraillée entre l’envie de se livrer et la crainte de dévoiler ce qui n’était peut-être qu’une illusion. Enfin, après une longue inspiration qu’elle souffla dans un dégonflement de joues devenues baudruches,  elle osa se lâcher sur la pointe des mots, à l’image d’une ballerine sur la pointe de ses chaussons, mouvement splendide mais toujours douloureux : 

– C’est un truc bizarre qui m’est arrivé l’autre jour. Un truc vraiment bizarre. Bizarre à mon âge et dans ma situation. Et… je me repassais le film.

– Tu racontes ?

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Face à La moue suppliante et curieuse de la collègue-amie, elle baissa d’abord les yeux vers le sol en dessinant des cercles de la pointe de sa chaussure  pour camoufler sa gêne et maitriser l’envie de partager l’émotion qui l’avait traversée et  persistait encore, même après deux jours,  chaque fois que les images de cette instant, pourtant si court, remontait en elle.

 

– Je revoyais un visage. Le visage d’un homme avec qui j’ai échangé quelques mots.

– Et qu’est-ce qu’il t’a dit de si…

– Rien ! Enfin si ! Sa voix était posée. Envoutante presque reposante.

– Il t’a dragué ?

– Pas du tout ! Il ne cherchait rien… c’est moi qui suis tombée sous le charme.

– Le charme de sa voix ?

– Entre autre.

– Entre autre quoi ? Il était beau ?

– Non ! Enfin si… pas mal. Normal.

– Normal ? Ça existe normal ?

– Il avait quelque chose…Une forte personnalité et puis... je sais pas. Son regard, sa voix, ses yeux, son sourire.

– Il t’a envoutée ?

– J’en sais rien. Je sais même pas pourquoi je t’en parle.

– T’as eu un coup de foudre !

– Mais non !

– T’es sûre ?

– Mais non ! Mais oui j’en suis sûre. Si ça se trouve il ne m’a même pas remarquée. C’est moi qui me fait tout un cinéma d’une histoire qui n’en est même pas une.

– N’empêche, tu te repasses le film comme tu dis. Donc il s’est passé quelque chose.

Elle fixa alors le plafond, comme si elle y cherchait une réponse, en se mordant la lèvre inférieure. Les sourires précédents avaient maintenant désertés son visage au profit de regards sombres.

– Heu… ça va pas ? T’as l’air toute…

– Si si, ça va.

– Non ça va pas ! Je viens de te voir changer du tout au tout en un quart de seconde et tu me dis que ça va.

Elle se frotta le visage à deux mains, comme si ce lavage à sec allait lui éclaircir les idées, avant de laisser réapparaitre, de derrière le masque de ses doigts, un sourire forcé qui aurait voulu l’excuser d’un  aveu stupide.

– C’est quoi le problème? Ça t’a fait peur? Peur de t’apercevoir que malgré ta vie bien rangée tu pouvais avoir des réactions, des émotions, des sentiments,  auxquels tu ne t’attendais plus.

– Des sentiments ?... je sais pas. Mais pour le reste y’a de ça.

– Et ça te fait bizarre !

– A la fois ça me fait tout drôle et…

– Et tu culpabilises

– C’est ça ! Je culpabilise.

– Tu culpabilises mais tu éprouves un certain plaisir.

– Enorme plaisir ! Enorme. Peut-être dû à l’interdit. L’interdit que je n’ai pas franchi.

– Bien sûr que tu l’as franchi ! Pas avec le corps mais avec l’esprit.

– Tu crois ?

– Ca ne t’était jamais arrivé ?

– Franchement… Je sais pas… je me rappelle plus.  Mais avoir une telle attirance, juste après ou pendant un échange de quelques mots ça me trouble ! C’est pas moi ça ! Vraiment pas moi.  J’ai jamais réagi comme ça.

– Tu ne t’es jamais autorisé à réagir comme ça. A laisser ta spontanéité et  tes sentiments, même naissants, prendre le dessus.

– Le dessus sur quoi ?

– Sur ton éducation, ta morale,  ton couple, tes enfants  et tout ce qui t’emprisonne.

– Mes enfants sont grands et  je ne suis pas prisonnière.

– Non, tu n’es pas prisonnière ?

– Non. Je suis fidèle. Je l’ai toujours été.

– Fidèle en Amour ? Ou fidèle à des habitudes et à un certain confort.

– Ca fait partie d’un tout. Et puis ces habitudes et ce confort me conviennent. Je m’y sens bien.

– Alors préserve-les. Préserve-les  et oubli ce regard, cette voix, cet inconnu qui a rallumé une étincelle dont tu avais oublié la magie.

–…

– En plus tu ne connais rien de cet homme.

– Si, justement, j’en connais un peu. On s’est rencontré dans un contexte professionnel. Je connais son nom, son âge, une partie de sa vie et même son téléphone.

– Alors là… c’est pas la même histoire !

– Pourquoi ?

– Parce que tu ne fantasmes plus sur un inconnu. Mais sur un homme que tu peux juger au-delà du physique. Et lui, il te connait ? Je veux dire à part ton physique et ton visage.

– Non ! Il connait mon métier mais c’est tout !

– Et lui,  il t’a photographiée comme tu l’as photographié ou tu n’as senti que de la sympathie le temps de trois échanges sans importance ?

–  Je… J’en sais rien.

– T’en sais rien ?

– J’’en sais rien, parce que j’aimerais tellement qu’il ait ressenti la même chose que moi, que je ne sais plus si j’ai ressenti quelque chose de sa part ou si à force de l’espérer je confonds mon espoir et la réalité.

– Et ton intuition féminine, elle te dit quoi, ton intuition féminine?

– Mon intuition féminine, elle me dit que la pause-café est largement dépassée et qu’il faut que je retourne  bosser! Sinon ça va pas l’faire !

 

Cette rencontre  s’arrêtera-elle là ou y aurait-il une suite ? Si je l’apprends, ou si j’en suis témoin, je n’hésiterai pas à vous en informer ! Mais pour l’instant… cette histoire s’arrête là…

Ainsi Va la Vie…

 

Williams Franceschi

 

Extrait de : Ainsi Va la Vie Tome II… 40 Histoires courtes.

 

 

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18/08/2023
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