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Ainsi Va la vie… épisode n°125 ... Que cherche-t-elle ?

38132827_2149636568686590_2175783604125171712_n.jpgDe longues tables de fermes nappées de blanc accueillants chacune une douzaine de convives jalonnent une salle ouvrant sur un parc fleuri et arboré.   

Durant cette soirée, au cours de ce repas, où se côtoient parents et amis sur au moins trois générations mélangées Claire observe. Elle observe tout. De la déco à la mise en place, du lieu aux invités.  Tout et  au début ; ce couple en particulier qu’elle connait et fréquente par intermittence depuis toujours.

 

Ils sont beaux, attendrissants, généreux. Ils ont la sagesse et la dignité que  leur confère leur âge. Les envie-t-elle ? Sachant que derrière les apparences contrairement à beaucoup il n’y a pas ou  peu d’ombres. Il y en a eu, il y en aura mais ces ombres-là ont la légèreté des contre-jours dans les secrets feutrés de l’Amour.

 

Ils se prénomment Pierre et Gladys. Leur rencontre fut belle et leur parcours exemplaire. Vingt ans d’Amour c’est l’Amour fol chantait Brel et ce fut le cas auxquelles se sont ajoutées point par point comme des broderies bonifient l’élégance d’une robe  des années bonus. Assez d’années pour  doubler le chiffre. Elle l’aimait, il l’aimait, ils s’aimaient et ils s’aiment encore.

 

Ils s’aiment encore et toujours. Ils s’aiment différemment, autrement, mais ils s’aiment. Ils se connaissent par cœur du fin fond de leurs défauts aux sommets culminants de leurs qualités. De l’autre  rien ne leur échappe ; ni les joies ni les tracas bien avant qu’il ne les expose. D’ailleurs ont-ils besoin de parler ? Même pas. Une attitude, un regard, une grimace, un sourire léger ou  forcé suffit. Ils savent lire sur leur visage, deviner dans une expression, comprendre dans un regard. Ils Cernent toutes  les situations comme on sent l’orage sans besoin de consulter le ciel, les oracles ou la météo. Les questions et les réponses ne servent le plus souvent qu’à confirmer ce qu’ils savaient déjà et ils  se trompent rarement.

 

Elle lui remonte le col de sa veste elle a peur qu’il ait froid. Elle lui a préparé ses cachets qu’il oublierait une fois sur deux si elle n’était pas là. Elle lui rappelle un rendez-vous et un anniversaire dans sa famille pour qu’il pense à téléphoner. Elle lui fait les gros yeux pour qu’il se tempère. Elle prend soin de lui  comme d’un enfant. Elle fut l’amante, la femme et la mère elle redevient de plus en plus la maman qu’elle n’a jamais cessé d’être. Et dans l’habitude il se laisse materner tout en râlant un peu pour le principe.

 


Si elle le couve il la protège. Il s’inquiète dès qu’il la sent fébrile. Elle ne se plaint jamais. Il lui faut deviner. Alors il vocifère quand il sent que les choses sont plus graves qu’elle ne le laissait entrevoir. Parfois il joue les balourds pour lui laisser l’honneur de la finesse. Il ne perd pas il la laisse gagner. Il y a bien longtemps qu’avec elle il ne joue plus les chefs. L’équité homme femme ils l’ont vécue avant l’heure et ça leur parait tellement naturel qu’ils ne comprennent pas qu’on en parle comme d’une cause à défendre. Pour eux ce n’est pas normal c’est un fondement.

 

Dans cette soirée comme dans toutes celle où elle apparait  Claire est appréciée pour  ses points de vue, ses compliments,  sa présence, son élégance et sa discrétion; on la remarque. On la remarque et on l’oublie tant elle sait se noyer, faire corps et se fondre.  Cette femme-louve passe et se love entre l’ombre et la lumière. Elle ne chasse pas ; elle observe, elle scrute, elle analyse et par déduction elle suppose.

 

Et, puisque nous avons été conviés à la même soirée ; je me dois d’être encore plus discret qu’elle pour la laisser libre dans sa chasse aux ressentis. Qu’elle ne se sente pas épiée. Qu’elle ne devine pas que l’observatrice est observée. Que quelqu’un ne regarde pas les scènes du film mais la manière dont elle manie  son invisible caméra, comment, sur qui,  et surtout sa façon de capter images et émotions. Elle n’écrit pas et pourtant elle engrange des dialogues, des scènes et des séquences comme si elle préparait un roman ou un scénario.

 

Parce que sur bien des points nous nous ressemblons ; je l’ai sentie louve, je suis devenu félin.

 

Par le plus grand des hasards nous nous retrouvons assis à la même table. En face mais presque aux angles opposés. Au-delà de ses  observations pertinentes et du plaisir de l’analyse que cherche-t-elle ? Elle qui semble ne rien chercher et ne vivre dans les reflets de ses sourires que le bonheur de l’instant. Un bonheur qu’elle cueille comme une fleur de saison pour s’enivrer de son  parfum. Que cherche-t-elle ?

 pair-2028068_960_720.jpgQue cherche-t-elle ? Pour étayer mes supposées réponses je ne m’appuie pas seulement sur mon instinct, mes observations et mes déductions. J’y ajoute nos diverses discussions passées et le peu qu’elle m’ait dévoilé de sa vie où j’ai pu lire entre les lignes et quelque fois dans la clarté de propos sans ambigüité sur sa vie passée et sa situation actuelle.

 

Que cherche-t-elle ?     Un amant, un amour, un mari, une simple belle aventure ? Une présence occasionnelle ou permanente ? Quelqu’un avec qui partager ses loisirs ou mieux ses passions ? Remplir  cette chaise vide de l’autre côté de la table ? Parler, pouvoir parler et être écoutée. Sentir un bras protecteur se glisser sur son épaule et  la chaleur intense de la paume et du bout de ses doigts  affleurer le velours de sa peau.

 

Rêverait-elle que la même main remonte le fil intérieur de sa cuisse et lui offre des frissons en prémices dont elle ferait par pudeur semblant de ne rien ressentir? Semblant de recevoir sans rien donner. Avant que  prise au piège, le plus joli des pièges  elle ose enfin avouer son désir.  Un aveu sans mots, juste par la chaleur et l’émotion du corps jusqu’à laisser vivre son plaisir, leur plaisir, à la fois égoïste et partagé. Le plaisir.

 

Elle aimera le chapitre de la séduction de l’approche à la conclusion. Elle aimera aimer son corps à travers le sien jusqu’à l’extase. Elle aimera passionnément mais elle n’en parlera pas  comme si ces choses-là ne se racontaient pas. Tabou ou interdit elle n’osera même pas s’en parler librement à elle-même ne serait-ce que d’une voix intérieure sans légèrement culpabiliser.

 

Il lui faudra du temps, du recul, et des certitudes pour s’avouer qu’elle aime. Et qu’elle aime qu’il lui fasse l’Amour et encore plus de temps pour reconnaitre son besoin et son envie de sexe et en particulier du sien.

 

Mais un jour viendra où elle osera enfin lui dire ; non pas j’ai envie de te voir mais simplement : J’ai envie de toi. Jusqu’à follement envie de toi le jour où le cœur et le corps écriront le mot Amour avec la même encre ; l’encre de la passion.

 

Le jour où chaque heures, chaque minutes, chaque secondes sans lui  paraitront des moments vides, sans âme, sans vie et sans soleil. Où chaque jour d’absence lui semblera  une éternité.

 

PICT0016 - Copie.JPGEt si aujourd’hui elle affirme encore haut et fort que sa liberté et son indépendance n’ont pas de prix, qu’on peut vivre sans, qu’on apprend à se passer de tout parce qu’elle a déjà connu la solitude elle sait que le manque coute aussi très cher et que les douleurs qu’il occasionne sont un véritable enfer. Ses mots ne sont que des mots. Personne n’est fait pour vivre seul. Seul sans projets, sans amour, sans espoir. On dit qu’on s’habitue mais on souffre en silence. Et elle sait le prix de ce silence.

 

On a tous besoin de l’autre. L’autre qu’on choisit, pas l’autre qu’on subit ; Claire a connu les deux. Et depuis elle craint le pire en espérant le meilleur.


Ce soir, à la fin du repas mais pas de la soirée elle a quitté la table pour s’isoler. Trouver un soupçon de recueillement à l’écart de la musique, du bruit et du mouvement. Je n’étais pas loin. J’ai vu dans le reflet des lumières indirectes ses yeux s’embrumer. Dans ces moments les images se floutent. Immobile dans son fauteuil elle nageait dans le doute. Elle égrainait quelques détails de cette vie qu’elle vit : « Stand-by » dans son appartement avec vue sur le ciel, les toits et les hirondelles…Mais l’amour ?

 

L’Amour n’est jamais loin. Souvent là où on l’attend le moins. A l’autre bout de cette table qu’elle a peut-être quittée trop tôt. Dans ce regard qui la dévisageait et se détournait à chaque fois qu’elle y prêtait attention. Derrière cette photo sur la toile qui l’appelle mais à laquelle elle ne répond jamais. Chez cet ami de longue date qui n’a jamais osé se déclarer…

 

L’amour ne meurt jamais. Il s’endort. Il suffit  juste de le réveiller.

 

Ainsi Va la Vie

 

Williams Franceschi



18/08/2018
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