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Ainsi Va la vie... épisode n° 293 AMOUR INVISIBLE…


ainsi 293 .jpgL’exposition où son amie Sophie l’avait convié s’ouvrait sur un embouteillage d’invités en pamoison devant les premières œuvres, alors que la nuit dans son dos, nappait peu à peu les rues de son voile bleu.

 

Sam se retourna. Il se retourna d’abord, comme s’il regrettait de quitter cet extérieur en pleine métamorphose,  pour admirer par la porte encore ouverte à s’en imprégner, ces couleurs si particulières flottant sur cette toile sans fond, peinte par la nature, d’une peinture sympathique totalement provisoire. Un florilège de gris et de bleus entrelacés qui ne dure qu’un court instant à cette heure bien précise et exclusivement en cette saison hivernale.

Il se souvint, jusqu’à le susurrer du bout des lèvres et par la pensée, que ce tableau  à contre temps et hors modes, portait le joli nom : « d’entre chien et loup ». Tableau éphémère auquel un réverbère de style art nouveau, en profilant une douce lumière jaune, rajoutait une touche de clair-obscur presque surnaturelle. Ce réverbère et l’ambiance issue des reflets de sa lumière  sur le pavé luisant et le point de fuite de la ruelle  lui rappelèrent les premières images marquantes d’un film dont il occulta le souvenir avant qu’il ne l’envahisse. Il est des périodes, qu’à contrecœur, on voudrait oublier. Mais oublier n’est pas toujours facile. Et d’ailleurs, le cherche-t-on vraiment ? Il suffit parfois d’une image, d’un mot, d’une musique pour que tant de choses resurgissent. Mais ce n’était ni le lieu ni le jour pour s’épancher sur un passé qu’il croyait dépassé, même si… même si.

 

Après quelques serrages de mains sur des échanges de courtoisie plus ou moins artificiels, il s’éloigna de Sophie pour observer de plus près les œuvres de cet immense inconnu dont tout le parterre présent flattait en murmures audibles et appuyés, l’indéniable talent.

 

En marchant, et sans même s’en rendre compte, il cueillit sur un plateau qui passait à sa hauteur, une flute de champagne qu’il porta à ses lèvres tout en considérant, d’une moue dubitative, que les coupes, et en cristal si possible, auraient été plus appropriées à un breuvage aussi divin. Mais bon, on se pointe aujourd’hui dans un vernissage en basquets et en jean, on se coiffe à coups de pétards,  on offre plus de fleurs de peur d’être ringardiser, alors, boire du Champ dans des flutes en toc quelle importance ?

 

De son coté, elle, écoutait d’une oreille distraite  et seulement d’une oreille, les propos de sa meilleure amie qui l’avait entrainée  à ce vernissage juste pour ne pas être seule et se trouvait maintenant entourée d’une cour de connaissances qui jouaient les intimes alors  qu’ils ne s’étaient pas revus depuis la nuit des temps.

 

En le croisant, au début, elle avait simplement cru à un flash. Cru qu’elle avait été subjugué par son visage, son regard, son sourire. Juste une image. Rien de plus qu’un éclairage qui avait fait scintiller l’éclat de ses yeux en croisant les siens. Elle en avait souri. Un sourire retenu et intérieur que par pudeur ou timidité elle avait essayé de garder discret pour ne pas dire secret.  Surprise, au point d’être confuse et gênée par sa propre réaction, elle baissa les yeux. Et puis, ce sourire caché se dessina malgré tous ses efforts,  sur et autour de ses lèvres. Elle aurait voulu le retenir, le contenir, ne rien montrer de l’effet  étrange  que cette simple image, ce visage, ces yeux, provoquaient sur elle. Elle en rougit. Elle en rougit comme si elle avait été sous le feu de mille regards. Comme si tout le monde devinait ce qu’elle ressentait alors qu’elle était incapable de poser un nom tangible sur ce phénomène qui la traversait et se propageait maintenant en frissons du bout de ses doigts à ses avant-bras avant de s’étaler sur sa poitrine.

– Ca va pas ?

Le son de la voix, avant d’assimiler la question avec un certain retard, la sortit  en sursaut des limbes de l’au-delà dans lesquels elle s’était réfugiée.

– Heu oui !... Ça va très bien. Pourquoi ?

– Pour rien ! T’as l’air….

– Non non. J’ai même pas la musique.

Sa réponse déclencha un rire communicatif qui renoua le lien avant qu’elle n’abandonne son amie à son cercle, pour rejoindre, en feignant d’admirer au  passage et sans s’y attarder, les tableaux, de ce grandissime et mystérieux inconnu, pour rejoindre à le frôler, cette homme dont elle ne connaissait rien à part la magie de l’attirance.

 

Sophie, après quelques photos dans des angles dont elle avait le secret, se glissa dans le dos de Sam et lui murmura à l’oreille.

– Alors, comment tu la trouves ?

– L’expo ?

– Non, ma copine. Ma copine qui te matte depuis qu’on est arrivé.

– Dis donc Sophie, t’en voit des choses toi.

– Je suis photographe ça joue.  En plus, c’est un de mes modèles. Je ne savais pas qu’elle serait là. Du coup, quand je l’ai vue,  j’ai vu aussi que ses yeux ne te quittaient pas.

– En plans larges ou  rapprochés.

– Les deux mon colonel.

– Et c’est tout ce qui t’intéresse ? Le regard de ton modèle sur le public !

– Non, pas sur le public, sur toi. Alors comment tu la trouves ?

– Jolie.

– Jolie ? Et c’est tout ?

– Non Sophie , pas c’est tout.

– Haaaaa !... Et ?

– Tu veux quoi, que j’aille au bout du bout de ce que tu sais déjà ?

– S’il le faut.

– Alors ! Elle a du charme, de la présence, du gout, du très bon gout, des courbes généreuses mais pas trop. Certainement en rapport avec son esprit. Une certaine classe qui éclot autant par sa manière de se mouvoir que de se tenir immobile, une discrétion princière qui l’honore et met encore plus sa présence et sa plastique en valeur. C’est bon ? Cà te convient ou je continue.

– Heu ! Continue.  J’adore t’écouter parler.

– Elle est hypersensible et introvertie. Il n’est qu’à voir la manière dont elle tricote ses doigts autour de la lanière de son sac et la langueur avec laquelle elle baisse les yeux sur la pointe de ses chaussures.

– Ben dis donc, je croyais que tu l’avais à peine remarquée.

– C’est le cas.

– Et…Elle te plait ?

– Faudrait être difficile

– Mais elle te plait… plait ?

– Ha non, pas du tout du tout… J’ai pas la tête à ça.

– Et si tu l’avais ?

– J’en sais rien ! Je l’ai pas. Et en plus, je pense que ça ne durerait pas.

– Ha ? Et pourquoi ?

– Et pourquoi autant de questions ? Tu  lances une agence de rencontres ?

– Non ! Par curiosité. Mais pourquoi ça ne durerait pas ?

– Parce que comme toujours, la découverte serait, ou pourrait être, enrichissante, agréable, extraordinaire, géniale,  bon je te passe les qualificatifs. Mais une fois le cap de la découverte franchi, quand elle aura fait le tour du personnage, elle s’en lassera.

– Parce que tu crois qu’on peut se lasser de toi  comme ça ?

– On peut se lasser de tout le monde. Plus ou moins vite, mais on peut s’en lasser. Au début c’est l’étincelle qui crée l’envie d’aller plus loin. Et puis la flamme que l’on peut bruler jusqu’à des extases au-delà de l’imaginable et puis un jour… et parfois ça arrive plus vite qu’on ne l’imaginait, on entretient des braises.

– Mais c’est beau les braises aussi !

– Ce peut être  l’apothéose d’un long et merveilleux amour… Mais les regards de ta copine ne nous entraineraient pas dans cette voie.

– C’est vachement pessimiste ce que tu me racontes.

– Mais non !... j’extrapole c’est tout. Mais dis-moi, c’est elle qui t’envoie ?

– Meu Non, meu non… mais, elle m’a parlé de toi.

– C’est gentil.

– Donc elle ne t’intéresse pas !

– J’ai pas dit ça. Mais un, je viens de te le dire, j’ai pas la tête à ça  et de deux ; je ne peux pas être intéressé par…

– …Toutes les femmes qui te regardent.

– Y’en a pas tant que ça. Tu exagères.

–  Y‘en a. Et avec toi et ton indifférence, les rôles s’inversent.

– Si tu le dis.

– Mais je le dis pas. Je l’affirme.

– Alors j’ai de la chance.

– Et tu ne t’en sers pas.

– Parfois. Pas toujours.

 

Au passage, il posa sa flute sur le plateau qui circulait à sa hauteur sous la main et l’avant-bras d’une ravissante serveuse, et s’aperçu que son observatrice assidue se trouvait à un pas derrière Sophie et lui. Il lui sourit, elle lui sourit.

– Et l’expo, t’en pense quoi? surenchérie Sophie.

– De l’expo ?... Rien !

– Et du peintre ?

– Pas plus.

– Ha ! Développe.

– C‘est un expert en barbouillage. Mais ce n’est qu’un avis très subjectif. Qui n’engage que moi.

– C’est pas des barbouillages. C’est de l’art abstrait.

– Oui c’est ça, c’est des barbouillages abstraits

– T’es dur !

– Un tableau, même abstrait, quand il est bon, il te saute aux yeux, il t’éblouit, il t’émeut,  il retient ton attention par un je ne sais quoi de miraculeux.

– Du coup, tu trouves ça mauvais ?

– Non pas mauvais, parce que mauvais c’est un stade qui pourrait avoir une chance de  s’améliorer alors que là, le niveau est tellement bas… que c’est  sans espoir.

– En un mot ?

– C’est à chier.

– Waouh… t’y vas pas avec le dos de la cuillère.

– Et tu lui dirais au peintre s’il te le demandait ?

– Non. Ça n’aurait aucun intérêt, ni pour lui ni pour moi. Par contre si j’avais aimé je me serais empressé de le féliciter.

– Au fait, t’es avec quelqu’un ces derniers temps ? On te voit toujours avec personne.

– Mais personne, a peut-être un prénom.

– … c’est l’Amour invisible ?

– Tu as raison. Mais,  invisible ne veut pas dire inexistant.

– Si je comprends bien ; tu es amoureux d’une ombre.

– De la lumière… d’une ombre… de la lumière.

 

Ainsi Va la Vie…

 

Williams Franceschi

 

Conseils de lectures.......

 

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24/04/2023
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