Articles et chroniques

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Ainsi va la Vie... éisode n° 297...AMOUR À LA FERME.

 

images.jpgCe matin, quand je me suis réveillé, Il faisait déjà bien jour. Je l’ai senti avant d’ouvrir les paupières. Et pourtant, comme si je vérifiais une évidence à la manière de Saint Thomas,  j’ai d’abord regardé les rais pénétrants du soleil à travers la baie vitrée. C’est beau ces faisceaux venus de l’au-delà qui transforment le salon en chœur de cathédrale en canalisant en plus, des milliers de particules de poussière en suspension dans l’air. Ho ! Que c’est beau. Je ne sais pas vous ? Mais moi, j’aime observer toutes les petites merveilles qui m’entourent.  Y’a tant de choses simples et merveilleuses autour de nous. Tant de choses qui méritent qu’on s’y attarde. Alors moi, je regarde. Oui oui, je regarde tout. Tout et même plus, et  je ne m’en lasse pas.

 

En sortant de la maison, je me suis vigoureusement frotté les yeux.  Un geste totalement inutile et pourtant je me les frotte bêtement comme ça tous les matins.  Comme si ce moulinage jusqu’au fond des orbites allait m’aider à voir plus clair. En même temps, comme si l’un n’allait pas sans l’autre, je retends mes membres vers le ciel. Gestes habitudes devenus des tics ou des tocs selon le degré d’atteinte.

ferme_pedagogique_quoi.jpgEnfin,  j’ai regardé le ciel. Un ciel Bleu ! D’un bleu pur, azur, sans l’ombre d’un nuage. Après, j’ai marché avec précaution sur le carrelage encore humide de rosée. Je précise avec précaution, parce que la semaine dernière j’ai voulu jouer les djeuns et je me suis pris une gamelle mémorable. Depuis, je fais gaffe. Donc, Après avoir marché à tâtons sur ce carrelage encore mouillé par la rosée garantit antidérapant d’après le Jeannot qui l’a posé lui-même, dans la douce chaleur de ce joli matin, je me suis allongé sur les coussins du transat de la terrasse à l’ombre tamisée de la vigne.

 

 

En cette saison, qui n’est plus tout à fait le printemps mais pas encore l’été, la treille est loin d’être chargée de raisins. Et cette vieille vigne noueuse, d’où pointent de jeunes feuilles dans leur aube naissante, laisse encore passer le soleil. Juste passer entre deux taches d’ombre. La vigne filtre les rayons et tempère la chaleur. Si j’osais je dirais que c’est une vigne thermostatique comme affirmerait le Jeannot qui a toujours froid et sait tout sur tout.  

J’aime ce soleil  qui me caresse sans me bruler… hum que j’aime… En face, dans les plantes en fleurs, les abeilles butinent par centaines et le ronron de leurs ailes me berce. Hum ! J’aime aussi cette petite musique. Non je ne me rendors pas… mais c’est pas loin, je somnole.

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C’est fou ce que ça bosse une abeille ! Et plus elles sont nombreuses plus elles bossent. C’est l’effet de masse. Elles vivent 40 jours, produisent l’équivalent d’une petite cuillère à café de miel et elles ont un moral d’acier les petites «Maya» de la terrasse.  Rien que de les voir s’activer… mais ne le répétez pas, ça risquerait d’aggraver ma réputation…ça me fatigue.

 

Moi, je suis né ici ! Et j’ai pas envie d’aller ailleurs même en vacances. Je suis né ici, dans cette maison, dans les draps  d’un joli berceau de poupée avec mes quatre  frères et sœur. Si si, je vous assure, on était quatre. Ma mère nous surveillait comme l’huile sur le feu. Elle était belle ma maman. Avec sa crinière bond blé. Le Jeannot il l’appelait  Maminette. Elle avait de jolis yeux verts surlignés de longs cils.

 

Mon père, je ne l’ai pas connu. Mais je sais qu’il s’appelait Gouttière. Parce que le Jeannot il disait que j’étais un chat de Gouttière. Donc par déduction…Gouttière ça devait être le nom de  mon père.

 

Et oui je suis un chat. Un petit chat. Vous ne l’aviez pas deviné ? Ça m’étonne de vous.

Petit mais pas jeune. Cette année je vais fêter mes  dix ans. Dix ans d’un chat, c’est à peu près 56 ans d’un homme. Mais bon, c’est des calculs savants à eux, les hommes, qui valent ce qu’ils croient qu’ils valent puisqu’ils supposent mais comme ils ne sont pas chat ! Chat ne veut rien dire.

 

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Ah ! J’oubliais ;  je m’appelle Tarzan. Il faut dire qu’avec mon pelage châtain clair, et ce poil luisant qui dessinait le moindre relief du moindre de  mes muscles et à cause de ma démarche féline que j’accentuais en roulant des épaules, ce nom m’allait comme un gant. Sauf que, la petite Manon n’arrivant pas à le prononcer, la réduit dans sa langue de bébé à : « Plan-plan ». Et depuis, personne ne m’a plus jamais appelé Tarzan. Mais je l’aime tellement la petite Manon.. et  même si c’est moins glorieux,  c’est joli aussi Plan-plan… j’ai pas choisi mais je m’y suis habitué. Et puis franchement, c’est mieux que Gouttière, même si je ne renie pas mes origines.

 

Non je ne parle pas! Je comprends tout, mais je ne parle pas, sauf à vous. Mais vous, c’est pas pareils.

Je pourrais parler, mais j’évite. J’évite même qu’ils comprennent que je comprends tout. Sinon ils vont me donner des ordres et moi les ordres… c’est pas mon truc !

 

Tu verrais comment le Jeannot y parle à son chien ! Assis ! Couché ! Au pied ! Donne la papatte !  Et l’autre abruti il obéit en souriant. Moi il m’a dit : Assis ! J’ai pas bronché ! Coucher ! Je l’étais déjà… il m’a jeté ma balle dans le jardin, j’ai couru la récupérer. Mais pas question que je lui ramène ! Elle est à moi cette balle. S’il est pas content y va se la chercher lui-même, non mais !... Qu’est-ce qu’il me gonfle  le Jeannot à la jeter comme ça ! Et l’autre nunuche de chien il est tout fier de l’écouter, de marcher au pas, de ramener la baballe, de faire le beau pour un bout de biscuit rassis… n’importe quoi ! A bien y réfléchir, j’aurais jamais pu être chien.

Cats_Sunrises_and_451329.jpgAu début, ils ne devaient pas me garder. Et mes trois frères et sœurs non plus. La vieille Agathe, elle avait dit qu’il fallait nous noyer. Nous noyer ?! C’est elle qu’ils auraient du noyer ses parents à cette  vieille peau. Elle est aussi méchante qu’elle est moche s’te vieille folle. Non, ils ont été adoptés par des voisins. Je les croise encore de temps en temps.

 Mais pour moi, quand elle m’a vu, la première fois,  couché  contre ma mère dans le berceau de la poupée à Manon, la vielle Agathe, elle a hurlé :

– Et tu vas en faire quoi de celui-là?

– On le garde ! avait répondu fermement le Jeannot sans autre discussion possible.

– Et pourquoi faire ?

– Pour chasser les souris.

Vexée et pas convaincue, la vieille avait quitté la chambre en claquant la porte. Et moi cette vocation soudaine sous le couvert d’un emploi dont j’ignorais tout, m’avait fait dresser l’oreille. Car une question, ou plutôt deux, me turlupinaient. Chasser les souris ? Mais chasser dans le sens Boum ! De tuer ces petites bêtes qui ne m’avaient rien fait ? Ou chasser dans le sens de les faire fuir de la maison ? De toute manière et sans consultations complémentaires ma décision était prise d’avance, je choisissais la seconde solution.

 

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Et puisqu’il en allait de ma peau, et pour ne pas décevoir mon sauveur, je chassais, à ma manière, régulièrement une ou deux de ces petites bestioles en le attrapant  par la peau du cou et en  les déposant délicatement à l’extérieur sur le paillasson de l’entrée. Et ma façon très particulière d’exposer mes trophées en parfait état de santé,  faisait sourire le Jeannot, rire aux éclats la petite Manon, et râler la vieille qui ne comprenait pas que je ne croque pas à pleine dents  ces petits rongeurs de rien du tout. Surtout que dans la maison, des souris, il n’y en avait que deux. Juste deux comme dans Tom et  Jerry. Sauf que Tom c’est le chat, Jerry la souris et son neveu et petit complice s’appelle Tuffy ! Donc comme Jerry et Tufffy…. Vous ne le saviez pas ? Vous ne pourrez plus le dire.

Comment je sais qui sont Tom Jerry et Tuffy ? Avec Manon j’ai passé des heures à regarder leurs aventures à la télévision, allongés sur le canapé.

 Mais franchement, vous me voyez  moi, Plan-plan, faire du mal à ces petites bêtes ? Haaaaa !!! Vous voyez.  Vous non plus vous ne pourriez pas ! Je le savais bien !

Ils n’ont qu’à demander au chien d’assumer la triste besogne. Toute façon si le chien touche un poil des souris je vous garantis qu’il va passer un sale quart d’heure le gros chienchien à son maitre… un terrible sale quart d’heure !.. Non Mais !

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Bon, je pourrais vous parler de la ferme où je vis… mais une autre fois. Ce matin je profite du soleil. Ce soir aussi je profiterai du soleil, mais pas tout à fait le même. Le soir je me couche derrière la fenêtre du premier étage et dans la lumière du soleil couchant, sans être vu, je guette la grande maison d’en face. C’est une belle maison en pierres qui avait appartenue à un conte, un prince ou je sais pas quoi. Rien à voir avec notre veille ferme que le Jeannot entretien et restaure à la sueur de son front depuis des années.

 

Donc le matin je m’installe sur le transat et le soir je guette. Je guette les éventuels va et vient de Princesse  la chatte  de la voisine. Elle vit seule la voisine d’en face et Princesse aussi. Seule ? Enfin presque. Et au fond je veux pas savoir même si je sais.

 

Il ferait un beau couple le Jeannot et la voisine d’en face. Mais depuis que le Jeannot a perdu Céline la maman de Manon il n’a jamais regardé ailleurs. Son cœur s’est fermé à double tours. Il ne parlait déjà pas beaucoup avant le Jeannot, mais depuis,  il ne parle presque plus. Mais, a-t-il besoin de parler ? Ces choses-là se sentent sans besoin de les exprimer avec des mots. Il faut dire qu’ils étaient heureux et que rien ne présageait un tel drame. 

 

– Ta vie ne doit pas s’arrêter lui avait dit Céline en souriant  quelques jours avant le grand voyage.  Mais depuis, les années ont passés, et le temps, malgré ce qu’on imagine n’a rien changé. Un jour peut-être, sans l’oublier, il ouvrira son cœur. Qui peut savoir ?

 

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De mon côté, je l’avoue, je regarde Princesse avec… mais c’est compliqué. Et c’est justement très compliqué parce que c’est très simple. Tout nous rapproche et tout nous sépare… Elle est belle, intelligente, active et … et j’en passe. Et moi je suis… un vieux matou qui se pose trop de questions. Il parait que : Refuser d’aimer par crainte de souffrir c’est comme refuser de vivre par peur de mourir. Mais justement… s’il suffisait d’aimer !?

 

Il ne se passera certainement rien entre Princesse et moi mais… il s’est passé quelque chose. Quelque chose d’immense. Elle ne le sait pas… Si, elle le sait ! Elles savent toujours ce que tu crois qu’elles ignorent. Ce quelque chose, que je garde secret, c’est… C’est qu’elle a  fait battre mon cœur tellement fort… mais tellement fort ! Je sais, je sais que c’est stupide.  Mais des palpitations pareilles je ne pensais pas que… Que je suis bête. A quoi bon   vous confier tout ça ! Vous qui pensiez qu’un chat ça se contentait de ronronner.

 

Allez, je vous quitte. J’ai entendu qu’on m’avait servi mes croquettes. Au fait, ne dites à personne que je vous ai parlé… D’abord, personne  ne vous croira et si vous insistez votre entourage risque d’avoir des doutes sur votre santé mentale. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire surtout celles d’un chat ! 

 

Ainsi Va la Vie...

 

Williams Franceschi    

 

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19/06/2023
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