Articles et chroniques

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Ainsi Va la vie… épisode n°153 "De l'Amour tout compte fée"

 Capture.JPGDans une vie, aussi longue et riche soit-elle, nous ne connaitrons pas tout. Le bonheur, la tristesse, la fortune, la gloire et tant d’autres évènements  nous frôlerons parfois et milles autres aventures surprenantes tisseront les mailles de notre existence pour la rendre unique.

Certains chanceux auront l’impression d’avoir tout vu, tout vécu, tout approché mais ce ne sera jamais qu’une impression. Par contre il est une chose essentielle que nous connaissons, que nous avons connu et que nous connaitrons tous, quel qu’en soit sa forme ; c’est l’Amour.

 

– C’est joli !

– Ha ! Bonjour ma fée

– Dis donc il est beau ton terrain ! T’as travaillé comme un forcené !

– J’avais besoin de bouger, de transpirer, de ne penser à rien. 

– Y’en a qui qui tapent dans un sac de sable et toi tu bosses. C’est joli. C’est joli aussi ton texte au début. Mais c’est pas ça qui était prévu dans ta chronique d’aujourd’hui

– C’est vrai…

– J’aimais bien ce que tu avais écrit… j’ai eu les yeux qui … enfin c’était doux et si terriblement sentimental et…

– Justement c’était un peu triste

– Un peu ? Je dirais ; douloureux. Mais c’était beau ! Breuuuuu que c’était beau !  Y’a des larmes qui soulagent et qui parlent mieux que des éclats de rire.

– Aujourd’hui, j’ai envie de faire sourire pas pleurer.

– Ce s’ra difficile.

– Peut-être, mais le lecteur se laisse porter, bercer il va ou l’auteur l’emmène pourvu qu’il s’y sente bien.

– Mais on s’y sentait bien dans ce que tu avais écrit, surtout au début, quand tu nous entrainais avec Sam chez son ami.

 

Pas un centimètre de mur qui ne soit caché par un livre, une photo, un objet n’ayant trait à l’écriture sans compter les empilements de bouquins sans âge sur et sous les tables qu’elles soient de salon, de service  ou d’appoint, fautes de place et quand bien même il y en aurait eu qu’il l’aurait comblée.

De son bureau aux chambres en passant par le couloir et l’escalier l’appartement de l’ami de Sam ressemblait plus à une grande librairie qu’a une maison de français moyen.

–Tu les as tous lus ?

– Non, c’est pour la déco répondit-il, comme si sa réplique sarcastique coulait de source. Réponse qu’il jeta  sans relever la tête des notes qu’il s’empressait de coucher  sur les pages d’un cahier d’écolier, de peur qu’elles ne s’envolent trop vite de sa mémoire, avant de s’investir dans l’accueil de Sam.

Mais Sam avait l’habitude et ne s’offusquait pas. Son ami écrivain et depuis peu scénariste, en plus d’être l’archétype de l’homme de lettres tel qu’on l’imagine en était devenu sa propre caricature.

 

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Jusque-là c’était pas triste !

–Tu vois, si j’avais voulu garder cet intro et sa suite pour une autre fois, et ben maintenant c’est foutu t’as tout dévoilé.

– Ho ! Hé !.... Un tout tit déballage. Et puis faut bien que je montre ce que tu caches.

– Mais non !

– Mais si !

– Et pourquoi ?

– Ca fait quatre chroniques que tu nous racontes les aventures de « Sam et sa belle inconnue »

– Non ?...

– Si ! Tu vois tu ne t’en es même pas rendu compte. Et encore je ne parle que des numéros 148, 149, 150, et 152 et je suis gentille parce que le numéro 145 commençait par :

 

Il suffit parfois d’un sourire, de regards qui se croisent et s’immobilisent, d’un visage. Et tout à coup ; la vie vous parait plus douce. Etrange  magie d’une rencontre qui sous son air anodin change tout. Tout l’espace de quelques minutes, d’une heure, d’un jour. Fascinante alchimie qui ensoleille un ciel gris comme si elle transformait le plomb en or.

 

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Hé ! Tu vas pas me dire que c’était pas les prémices de la belle histoire entre Sam et sa romancière ?

– Peut-être.

– T’as le nez qui pousse Pinocchio

– T’es trop ! La fée. T’es jalouse ?

– Jalouse ?...Pfeuuuu !!! Jamais de la vie…

Murmura-t-elle en cachant son visage devenu rouge écarlate. Et l’autre blonde que tu compares à Bonnie Tyler avec ses yeux couleur pacifique tu veux que j’en parle ?

– Mais c’est un personnage dans le cadre d’un récit.

– Et tes récits n’ont rien à voir avec ta vraie vie ?

– Un peu, parfois.

– Je te rappelle que je suis une fée.

– Et Alors ?

– Et alors… rien !.. N’empêche qu’elle est canon. Ton Sam qui parait si affecté… devrait.

– Mais  t’as tout faux ma petite Line

– Tiens c’est la première fois que tu m’appelles par mon prénom. Ça change de « ma fée ».

– Y’a un début à tout. La beauté la plastique le physique n’a rien avoir la dedans. L’amour n’est pas aveugle mais l’amour voit ce qu’il veut voir. Et ce qu’il voit est essentiel. En plus je te signale que la belle inconnue est particulièrement jolie mais Sam ne s’arrête pas qu’à ça.

– Si elle était moche ?

– Quand on aime ; les moches comme tu dis deviennent les plus beaux du monde. L’amour c’est magique.

– Et en plus elle est pas moche donc la question ne se pose pas. Ce qui est fou ! C’est que tu racontes si bien cette histoire que tout le monde la croit vraie.

– Merci, mais c’est le but.

– Y’a un passage aussi sur lequel je m’interroge.

– Ben dis-donc on peut dire que cette histoire t’aura marquée.

– Je ne dois pas être la seule. Ce passage c’est quand ils se séparent.


 

Avant que le train ne s’éloigne,. Sam tourna les talons et marcha le long du quai vers la sortie. Il sentit la caresse de son regard qui ne le quittait pas lui bruler le dos.  Ce regard, ce dernier regard, qu’elle allait garder comme dernière image par la force de son rayonnement   pesait en tristesse sur ce bonheur qui l’habillait encore.

Il fit quelques pas sans se retourner  puis céda à la tentation d’un dernier signe d’aurevoir. Il aurait voulu que la dernière image, cette dernière image  de cette journée inoubliable soit celle-là ; lui de face, lui souriant, même dans un aurevoir. Mais… ça pleure aussi un homme.

Très vite il se retourna, repris son chemin  et s’éloigna en silence.

 

image_actu_prev_0955185618.jpg– Hé tu ne vas pas tout repasser. On fait pas une analyse de texte…

– Non mais…

– Tu as raison. A cet instant-là ! Sam sent une comparaison, un découpage physique au scanner dans le rayonnement de  ses yeux à elle. Il sent que quelque chose cloche, il sent qu’elle a fait son choix même s’il reste un doute.

– C’est là que ton personnage t’échappe ?

– Dans la vie comme dans un roman les personnages nous échappent toujours. Il n’y a rien de plus fragile qu’une certitude.

–Tu sais j’aimerai bien que tu leur publies la fin de ce que tu avais ecrit… C’est pas triste !

– Si tu veux…

 Tendrement, en remerciement,  elle lui saisit la pommette gauche  à deux mains,  y posa un long baiser qui claqua d’un scintillant Schmack ! Lorsqu’elle en relâcha  la peau prise en ventouse sous ses  lèvres.

– Merci. Tu es un ange.

– Non, une fée. Juste une toute petite fée. Bon tu publies ?

– Voila !

 

….Pour l’instant, en attendant que son ami  termine, Sam déambulait dans le salon de ce temple qui aurait pu sentir l’encre, le cuir et le vieux papier si l’odeur des lavandes et de mille autres essences évadées de son jardin et de la campagne environnante, n’étaient entrées, sans effraction par les fenêtres ouvertes, embaumer les lieux de leurs effluves.

 

Tandis qu’il marchait la tête ailleurs, un vent léger feuilleta les pages d’un cahier resté ouvert sur un table rempli de textes manuscrits ou de photocopies collées que Sam par réflexe, d’un revers de main immobilisa de peur qu’ils ne s’envolent. Puis le souffle l’Eole passé, en retirant ses doigts il découvrit, ce qu’il prit d’abord pour des poèmes et dont l’ami, le surprenant dans sa lecture appliquée, lui indiqua qu’il s’agissait de chansons.

 

L’ami en tourna quelques pages et en pointa une du doigt.

– Et celle-là tu t’en souviens.

Sam hésita et puis, évidement qu’il s’en souvenait puisque c’était lui qui l’avait écrite.

 

Tu oublieras…

Tu oublieras mon âme de viking

Tu me noueras dans une larme de Gin

Tu oublieras même le sel de ma peau

Tu te noieras dans l’ombre de mes mots

Tu oublieras pour ne plus retenir

Entre ses bras tes frissons tes soupirs

Tu danseras dans mes rêves

Je passerai sans bruit

L’Amour aussi

 

– Ça te parle ?

– Un peu !

L’ami évoquait le moment, le souvenir de l’instant où il avait écrit cette chanson, de l’ambiance de l’enregistrement  alors que Sam recevait son propre texte comme s’il le découvrait d’un autre qui aurait deviné sa situation sentimentale immédiate.

 

– Un peu ? S’étonna l’ami qui n’était pas branché sur la même longueur d’onde.

– Un peu, beaucoup… passio…

 

Ces paroles jetées il y avait si longtemps, écrite pour un interprète et dont il se remémorait la musique, lui revenait en plein cœur.

Et devant ce café fumant, servi sans prévenir et posé sur un plateau en équilibre précaire, l’ami lança :

– Elle tourne dans ta tête ?

Sam conscient du quiproquo sourit. Il sourit de ce sourire en coin, mi forcé mi nerveux qu’on sert comme une non-réponse et qui pourtant répond mieux qu’un long développement.

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– Oui… Elle tourne. Mais c’est à la fois tellement banal, tellement classique et si fort.

A croire que l’ami avait deviné que les mots de Sam ne parlaient pas de la chanson il compléta.

– Ce n’est jamais banal, jamais classique. Jamais banal parce que chaque histoire que l’on croit ressembler à toutes les histoires est unique. C’est la mienne, c’est la tienne… Elles se ressemblent de loin. Mais elle est unique. C’est la tienne que personne, même en lui expliquant durant des heures, ne comprendra jamais.

Si elle est triste ; elle est exceptionnellement triste, fabuleusement triste, plus triste que toutes les histoires tristes des autres. Parce que c’est la tienne et que ton cœur n’est pas leurs cœurs à eux.

Et puis un jour ; on oublie comme tu l’as si bien écrit et pourtant on repasse dans les rêves de l’autre… il ou elle repasse dans les nôtres, mais on oublie, on s’habitue, on cicatrise.

– Tu crois ?

– Je crois !

– Si tu le dis !

 

Tout en écoutant son ami et avant de se saisir de sa tasse il tourna la page qu’il lisait puis referma le cahier.

– A vrai dire….On oublie rien lui avoua l’ami  comme s’il effaçait d’un coup de gomme toutes ses affirmations bienveillantes. Mais il faut savoir, comme tu viens de le faire, tout doucement, tourner la page.

 Sam baissa les yeux.

 – Et quelques fois… longtemps, longtemps après que l’on ait cru avoir oublié… la chance ! Le hasard, la destinée…

 

Ainsi Va la Vie….

 

Williams Franceschi



04/05/2019
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