Articles et chroniques

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Ainsi va la vie épisode n°135 Les AMANTS (l'intégrale)

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-T’as vu comment elle te regarde?

- ………..

- T’as vu comment… Hé !... Tu m’écoutes?

- Hein !?... Qu’est-ce que tu dis ?

- Au cas où monsieur accepterait de sortir de sa bulle et de remettre son sonotone.  Je te signale qu’on n’est pas seul… Je vais pas hurler…Mais je répète : deux points ouvrez les guillemets : « T’as vu comment elle te regarde ? ».

- Qui ?

- La brune avec la robe rouge.

- Non !

- Non ? Si ses yeux étaient des lance-flammes tu serais brulé au troisième degré. Cramé sur pied! Faudrait deux canadairs avec du retardant pour te sauver du bucher. 

- Rien senti…

- Et tu fixes qui du coin de l’œil depuis tout à l’heure pour ne pas l’avoir remarquée?

- La blondinette juste à côté.

- Tu devrais retirer tes lunettes de soleil, y fait nuit.

- Je sais, mais pas complètement. Et puis c’est plus discret.

- Puuffff !!!

-T’entends les cigales ?

- Oui…. J’entends.

- Ben tu vas voir comme ton oui est important.

- A bon !?

- Oui. Le fait que tu entendes les cigales donne une indication de lieu ; nous sommes dans le sud ! Une indication de saison ; c’est obligatoirement l’été. Une indication de temps ; il fait beau. Les cigales ne chantent qu’au-dessus de 22°C. Une indication d’heure il fait encore jour puisque la majorité des  cigales arrête de chanter dès la nuit tombée sauf la grise qui vocalise jusqu’à 23h.

- Et alors ?

- Alors ?... Je ne suis pas obligé de retirer mes lunettes puisqu’il fait encore jour. Et, et c'est là que ça devient intéressant; si je devais écrire l’instant que nous vivons avec ton : « Oui j’entends les cigales » ça m’éviterais une longue introduction explicative et souvent rébarbative sur la région, le moment de la journée, la météo du jour…etc.

- Tu n’aurais plus qu’à préciser que nous sommes deux copains invités à un barbecue à trois mètres de deux superbes créatures, surtout une, que l’écrivain du jour ne voit pas.

- Et comme dans le dialogue c’est toi qui le préciserais, comme tu viens de le faire, ça me ferait encore gagner deux lignes sur la présentation sommaire des personnages et des raisons de leurs présences en ces lieux.

- Tu sais quoi?... Toute ma vie je me suis demandé à quoi pouvaient bien servir  les cigales…Mais dieu soit loué ! Enfin enfin j’ai la réponse. Les cigales servent à éviter à un gros paresseux de plancher sur de longues explications en introduction d’un texte qu’il n’écrira certainement jamais. Je repartirai moins idiot. Ha ! Les mystères de la nature.

 

 Une rafale de vent impromptue activa les braises du barbecue et détourna sa fumée  vers les convives. Chacun à sa manière essaya d’esquiver le nuage ou de le  repousser en papillonnant des mains en éventail de fortune tandis que  les plus surpris, déjà atteints par la toxicité légère mais gênante,  se masquaient  les yeux ou  les frottaient.

Sam ne bougeait plus. Il avait simplement fait  volte-face pour se positionner dos à la fumée  dans une chorégraphie synchronisée avec son copain Lou.

 

- Les éléments sont avec toi Sherlock Holmes. Le brouillard se lève. Les rues de Barbecue-Streets s’assombrissent. Alors déjà que tu captes rien quand il fait clair avec ce fog pour la robe rouge c’est foutu.

- Elle est trop belle ta brune.

- Trop belle ? Ça t’a jamais gêné.

- …. Mais vas-y-toi !

- Mais c’est pas moi qu’elle regardait.

- C’est pas grave … Elle te regardera si tu l’aides à te voir. Tu veux que je te présente ?

- Pourquoi ?... Tu l’as connais ?

- Non. Mais c’est pas important.

 

 Sam plaqua fermement sa main sur l’épaule de Lou pour l’entrainer mais.

- Arrête ! Arrête !

- T’as la trouille ?

- Non mais…

- T’as la trouille !

- Et toi t’as jamais la trouille dans ce genre de situation ?

- Pas vraiment. Plus les femmes sont belles plus elles sont seules. Souvent parce qu’elles se savent belles et qu’elles n’idéalisent qu’une relation avec un mec à leur image. Image physique j’entends. Tout n’est qu’un rapport esthétique.

- Où veux-tu en venir ?

- T’es pas mal ! Et si je te cite leurs critères de base, toujours les mêmes, tu rentres dedans bien mieux que moi.

- Tu crois ?

- Il faut que le type soit grand, mince, brun plus souvent que blond et s’il a les yeux clairs… cerise sur le gâteau. Donc toi à part les yeux… t’es dans les clous. Moi c’est exactement le contraire.

- Et pourtant !

- Ca c’est le grand mystère… j’ai pas encore trouvé la réponse et je ne me pose plus la question.

- Pourquoi t’as dit : « Surtout au début? »

- Parce que des mecs canons et libres ça court pas les rues. Donc les périodes de célibat entre deux très beaux sont longues très longues. Et elles collectionnent les ex. De superbes ex mais des ex quand même.

- Ça vaut dans les deux sens ta théorie !

- Pas vraiment !

- Comment ça ?

- C’est plus compliqué…

 

 La fumée se dissipa  et le mouvement naturel des invités repris son cours normal.

- Bon je te laisse. Je vais me resservir un verre et prendre un truc à manger. J’ai faim.

 

Lou quitta Sam pour se diriger vers le buffet et Sam le suivit discrètement mais de près. Lou tout en remplissant son assiette cherchait la robe rouge.

- Elle est juste à un mètre derrière moi !

- Ah! T’es là toi ? Et en plus tu lis dans mes pensées?

- Je lis pas. Mais Ton mouvement de tête comme un gyrophare est plus que révélateur. On dirait un gamin qui a perdu sa mère dans la foule d’un supermarché.

 

 Sam dépassa Lou qui hésitait devant de la  charcuterie cédant ainsi sa place à la robe rouge.

- T’as pris de la salade de pomme de terre ? Je connais c’est un délice.

 

Lou acquiesça et Sam surenchérit en se penchant sur les plats pour s’adresser à la robe rouge.

- N’hésitez pas Mad’moiselle. Je la conseille à tout le monde.

- Merci... Si vous le dites je vais gouter.

- Elle est très belle votre robe.

- Merci !

- C’est surtout mon copain qui m’en parlait tout à l’heure. Il adore le rouge… et votre robe en particulier.

 

Lou fit d’abord les gros yeux en direction de Sam avant de confirmer physiquement cette préférence écarlate qui lui couvrait tout à coup le haut du visage.

- Je vous le présente : Lou !

 

Lou se retourna en direction de la femme en rouge en lui tendant la main.

- Lou.

- Elisabeth.

- Enchanté!...Lui c’est Sam.

Mais Sam avait disparu.

Lou rejoint leur table où Sam était déjà assis, suivi d’Elisabeth et sa copine la blondinette comme l’avait surnommé Sam.   La longue file le long du buffet s’effilochait lentement. Une majorité d'invités ayant rejoint leur place.

 

 - C’est toujours très agréable ce genre de soirée. Lâcha Elisabeth.

- Sauf que, malgré les présentations entre quelques-uns en arrivant par la maitresse de maison personne ne connait personne, ou très peu. Et  quand on connait, ou qu’on reconnait une connaissance ou un ami on n’ose pas s’incruster dans son groupe déjà formé et inconsciemment fermé.

- C’est vrai. Mais où est la solution ? Interrogea Lou.

- Il suffit de porter une robe rouge et d’accepter de gouter une salade de pommes de terre …. Conclut Sam.

 

Elisabeth retint son rire avant de se lancer.

- Et vous faites quoi dans la vie,  Sam ?

Lou voyant qu’il avait la bouche pleine devança sa réponse.

- Il est docteur.

Sam s’étouffa.

- Médecin ? interrogea Elisabeth.

- Non ! Docteur es cigale. Un expert reconnu dans le monde entier et en particulier dans le sud de son quartier ! Il sait tout. La saison, l’heure, le jour, le mois, le climat. Tout sur et avec les cigales. C’est son Marc de café, son jeu de tarot, sa boule cristal.

- Ne l’écoutez pas il dit n’importe quoi.

- Lui ne l’écoutez pas sa modestie le tuera.

- Ok pour la cigale. Et vous ? Vous êtes spécialiste en quoi ?

En fourmis ! Evidement !

Les rires fusèrent.

- Et vous ? dit-il en s’adressant à la blondinette qui riait, souriait, mais restait muette.

- Moi ? Je n’ai aucune passion de cet ordre. Elle répondait en  souriant mais le fond de son visage restait fermé.

 

- On va jouer à « qui est qui » ça vous dit ? Chacun doit essayer de deviner la situation, le métier et les passions de l’autre on commence par toi Lucie.

La blondinette le fixa, étonnée qu’il emploi son prénom.

- Par qui veux-tu commencer ?

- Je sais pas. Par Lou. Elisabeth je sais déjà. Lou je le vois bien dans le commerce. L’automobile par exemple. Passion ? En dehors des fourmis ? La randonnée. Je dis ça un peu au hasard. Situation célibataire.

- Et vous Elisabeth vous en dites quoi. Je crois que j’aurais dit la même chose.

- Et moi alors? Et moi et moi et moi…

- C’est très compliqué. Les deux filles s’unirent pour jouer ensemble.

- Prof !

- De quoi ?

- D’histoire

- De français… de philo… surenchérit Lucie.

- Situation ?

- Marié !

- Non ! Divorcé reprit Elisabeth.

- Alors ?

- Attendez.  À notre tour maintenant. On va nous aussi jouer un duo pour terminer ce tournoi en double. D’abord Elisabeth. Vas-y Lou.

- Institutrice, divorcée, le cinéma…

- Pas loin !

- Infirmière, divorcé, le cinéma

- Presque !

- Alors?

- Vous n’étiez pas loin je suis agent hospitalier, séparée, le théâtre mais le cinéma aussi.

 

- Passons à Lucie. Honneur à Lou.

- Vendeuse, marié, le cinéma

- Pas loin. Qu’est-ce qu’il en dit Sam ?

Sam garda le silence, balaya d’un regard intense le visage de Lucie en conservant un sourire léger presque imperceptible à la commissure des lèvres.

- Elle a exercé plein de métiers notre Lucie mais je la vois plutôt dans la restauration, seule mais pas obligatoirement divorcée. Passions ?... Nombreuses et certaines non-assouvies. La lecture, le jardinage, la danse, le cinéma, la musique, la cuisine…

- Eh ! On n’avait droit qu’à trois réponses.

- Mais il a raison coupa Lucie c’est aussi large qu’il l’a exprimé. Et c’est exactement ça. Bravo Sam.

 

 Dans un court silence, comme à l’abri discret  des deux autres, ils échangèrent  les mêmes regards et les mêmes sourires contenus complices et imperceptibles.

- Et vous deux alors ?

- On est dans la pub ! Lui c’est un créatif et par la force des choses un commercial… aussi.

- Et lui ! précisa Sam. C’est le meilleur commercial du monde. Il vendrait des chaussures à un cul de jatte.

- J’étais pas loin dit en souriant d’un air victorieux Elisabeth. Et qu’est-ce que j’ai gagné ?

- Une danse lança Lou en se levant de sa chaise et en lui saisissant la main pour l’entrainer vers la piste improvisée où quelques téméraires se déhanchaient déjà sur un YMCA indémodable.

 

 Lucie et Sam se retrouvèrent seuls cote à cote silencieux. Sam quitta la table sur un :

- Ne vous envolez pas je reviens tout de suite.

Et il revint sourire aux lèvres les mains chargées de deux coupes de champagne.

- Ça change de la sangria affirme-t-il en grimaçant et c’est une boisson bien plus propice.

- Propice à quoi ?

- A nous.

 

 Si la musique remontait jusqu’à eux, elle ne couvrait pas leur voix. Et la lumière des bougies, reparties sur toutes les tables dans cette nuit noire au minuscule croissant de  lune mais étoilée où les cigales avaient cessé de chanter, feutraient leurs visages d’ocre et de jaune modulant son intensité au rythme des danses voluptueuses des flammes bousculées par de légers courants d’air.

- Comment avez-vous deviné ? Tout à l’heure.

- Vos mains. Ça parle les mains. Elles sont très apprêtées pour la circonstance mais elles gardent les marques pesantes du travail comme des cicatrices

discrètes mais indélébiles. Vous avez pris deux assiettes pour ne pas mélanger  les mets et les saveurs. Et votre façon de porter deux assiettes en calant la seconde sur l’avant-bras et le verre et les couverts  dans l’autre main. Porter le plus de choses possible en un seul voyage pour économiser les pas. Ces pas qu’on ne compte plus mais qui pèsent des tonnes sur les jambes en fin de service et surtout en rentrant quand on retire ses chaussures et qu’on s’affale sur le canapé en lâchant un ouf de soulagement.

 

- Vous avez travaillé dans la restauration ?

- Entre autre. Très peu remarquez. Mais j’ai bonne mémoire des instants difficiles et des souffrances disproportionnées aux salaires.

- Et pour ma situation ?

- J’en sais rien. Vous portez dans le regard la tristesse et l’espoir des gens qui ont subi et espère. Il en faut de la force pour lutter seul.

- Waouh!.. Et mes gouts ?

- Les gens qui bossent dur ont des gouts simples. C’est un peu facile mais on n’a pas besoin de se dépenser le weekend  alors que les muscles appellent au repos. Simple déduction.

- Et pour mon prénom ?

- Je l’ai demandé à Alice. J’imaginais que si elle vous avait invitée elle devait le connaitre.

- Mais quand ?

- Cinq minutes après votre arrivée.

- Donc bien avant que…

 

- Oui bien avant qu’Elisabeth ne me repère et vous dise : « Regarde là-bas à côté du grand brun en bleu,  avec le sweat  blanc, il est pas mal non, celui-là t’as vu ?

Lucie éclata de rire.

- Vous lisez sur les lèvres ou dans les pensées… parce que C’est exactement ce qu’elle m’a dit.

- Non, j’ai interrogé une cigale. Lou vous  l’a expliqué ; elles me racontent tout, les cigales!

Lucie pouffa, leva les yeux au ciel et conclut:

- C’est incroyable !

 

Sur la piste, Elisabeth et Lou, Langoureusement enlacés sur « The Great  pretender » semblaient avoir oublié leur table.

Sam le fit remarquer à Lucie.

- Y a des soirs comme ça où rien ne vaut les Platters.

- C’est pas lui qu’elle espérait Babeth.

- Et vous non plus…

- Moi je n’espérais rien

- Vous êtes sûre ?

Elle baissa les yeux, observa, le regard vide, les bulles qui remontaient dans son verre puis se saisit de sa flute.

- Vous lisez quoi en ce moment Lucie ?

- « Pas d’Amour sans Amour » d’Evelyne Dress. Vous connaissez?

- Oui! C'est excellent.

- Je trouve aussi.

- Et?

- Je n’en suis qu’au début mais j’ai hâte de découvrir la suite.

 

- Pas d’amour sans amour c’est un peu votre histoire?

Elle le fixa interrogative avant de répondre du bout des lèvres.

- Un peu…

Son regard pensif glissa vers les bulles de champagne, puis en coin, chercha  les yeux de Sam en s'appuyant sur un doux et léger sourire.

 

 Deuxième épisode

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- Vous aimez danser ?

- J’aime. Mais je suis très mauvais.

- Vous mentez mal !

- Vous croyez ?

- J’en suis sure ! Affirma Lucie  en se saisissant de sa main du bout des doigts. Sam se sentit obligé de la suivre. A peine arrivés sur la piste la série de slows se terminait. Lucie eut juste le temps d’apprécier la chaleur des mains de Sam au creux de ses reins que leurs corps  se séparaient pour engager les premières passes du  légendaire « Blue Suede Shoes » d’Elvis.

 

De rotation en entrelacés de bras sur ce rythme endiablé les visages précédemment fermés s’ouvrirent aux sourires et les regards aux pétillements lumineux du plaisir. Passes droites, enroulées ou déroulées Sam jouait avec une surprenante dextérité de la légèreté de sa partenaire où se mêlaient, dans ses tours qui soulevaient sa jupe, grâce et sensualité. Et puis, après juste deux minutes douze, sur les notes finales de la chanson et un dernier  demi-tour avec enroulé alors que les visages se frôlent et les corps s’immobilisent Sam ne relâcha pas l’étreinte de ses bras. Il bloqua Lucie contre lui, lui posa un baiser sur la joue et lui indiqua avec un sourire dévastateur en d’autres circonstances et la mine confuse qu’il retournait s’assoir. Un rien frustrée lucie le suivit sans lui lâcher la main.

 

- Vous dansez bien !

- Je vous renvoie le compliment parce que même bien menée, et sans un minimum  d’entrainements ensemble vous… nous…

- Je dois vous avouer que j’ai pris des cours pendant quelques années.

- Vous n’avez rien perdu.

- Vous, je ne sais pas qui vous a appris mais ! Quel plaisir. On aurait pu continuer ?

- Vous auriez pu pas moi. J’ai un léger problème de jambes c’est déjà un exploit que j’ai tenu tout le titre

- Ha !

- C’est une longue histoire. J’ai eu un accident… et tatati et tatata… Je ne vais pas m’étaler en longues explications, ce n’est pas un secret mais c’est le genre de truc qui vous plombe une soirée vite fait bien fait. Et ce soir je veux garder votre sourire en mémoire comme dernière image.

- Moi aussi. Vous avez un sourire tellement…

- Je le travaille tous les matins devant la glace.

- Menteur !

- Décidément  rien ne vous échappe.

 

Babeth et Lou, main dans la main rejoignirent la table. Entre deux coupes de champagne l’humour de Lou aida le temps à s’écouler plus vite que la rotation des aiguilles sans que jamais Babeth ne lui libère la main. Naturellement leurs doigts se dessoudèrent et il en profita pour les poser discrètement sur sa jambe.

Geste qui n’échappa pas à Sam qui s’en réjouit sans le montrer.

 

- Bon, les copains ! Je crois que je vais rentrer.

- Déjà ! Lança Lucie l’air dépité.

- Toutes les bonnes choses ont une fin, c’est bien connu.

- Vous êtes venus comment ? l’interrogea-t-elle.

- Avec une seule voiture, la mienne répondit Sam.

- Nous aussi surenchérit Babeth

- Ben c’est pas grave. Si vous voulez rester encore je pense qu’il n’y aura pas de problèmes pour  raccompagnier Lou.

- Non, pas de soucis.

- Et moi ? Rajouta Lucie.

- Ha oui ! Et vous ? Ou vous restez avec  les deux tourtereaux jusqu’à la fin des hostilités, ou je vous raccompagne. Mais ça vous fait renter de bonne heure… La fête n’est pas terminée.

 

Sam embrassa les deux femmes puis Lou, récupéra son blouson, sa sacoche, remercia Alice, la prévint de son départ  puis se dirigea vers sa voiture.

A peine assis, alors que le plafonnier ne s’était pas encore éteint, la porte droite s’ouvrit et Lucie prit place sur le siège passager sans un mot ni un regard vers Sam.

- Vous habitez où ?

Lucie tapa son adresse sur le GPS apparent au milieu du tableau de bord.

- Y’a juste à suivre les indications de la dame dans la boite.

- Ok !

Apres quelques kilomètres, pour rompre la glace  Sam osa :

- Vous étés fâchée?

La réponse fusa.

- Non… déçue !

- Faut pas. Je comprends mais faut pas. Ceci dit vous êtes très jolie quand vous boudez.

- Je ne boude pas.

- Vous êtes très jolie quand même.

- Très jolie mais je ne vous plais pas ?

Le rire court et tonique en guise de réponse s’imprima en sourire résiduel  sur la bouche de Sam.

- Et ça vous fait rire ?

- Non pas du tout ! Je vais vous expliquer.

- Expliquez quoi ? Que derrière vos lunettes noires vous m’avez observée pendant une heure, qu’on a dansé ensemble, que sur la dernière passe vous m’avez fait un bisou sur la joue alors que vous aviez envie de me rouler une pelle !

Sam hausa des sourcils.

- Que vous avez tout fait pour caser votre copain avec Babeth qui elle ne regardait que vous. Ça pouvait laisser à penser…

Sa main sur le pommeau du levier de vitesse se souleva, hésita à se poser sur celle de Lucie puis repris sa place initiale dans une crispation nerveuse.     

- Vous avez senti tout ça ?

- Je suis une femme ! Et il y aura toujours des choses que les femmes sentent mieux que les hommes.

- C’est l’instinct féminin ?

- Ou un sixième sens !

- Et pourtant !

- Et pourtant ?

- J’ai dû être bien maladroit ? Mais ce n’est pas ça du tout. Enfin pas exactement.

- Et exactement c’est quoi alors ?

- On va juste s’arrêter une minute chez moi. On passe obligatoirement devant. Je donne à manger, je fais sortir  mon chien… et on reprend la route.

- Vous êtes sur ?

- Oui ! Je suis sûr. Je ne suis dangereux que les nuits de pleine lune.

 

Une fois la voiture garée Sam referma le portail d’un clic de télécommande.

- Attendez moi j’en ai pour une minute

La porte d’entrée à peine ouverte l’énorme berger belge accueillit Sam en posant ses deux pattes avant sur ses épaules.

- Je suis là !.. Je suis là… T’as faim ?

Sam pénétra dans la maison, se dirigea vers la cuisine et prépara la gamelle de son chien qu’il avait bien du mal, une fois accroupi à sa hauteur, à l’empêcher de lui lécher les oreilles. Léchouilles en forme de bisous chargés d’amour et d’une perpétuelle reconnaissance.

 

- Bon t’es gentil… Oui je t’aime moi aussi. Mais Stop !

Sur cette injonction le chien s’arrêta net et s’assit

 - Je vais repartir … Pas longtemps… je raccompagne la dame qui est dans la voiture… Ne fais pas cette tête Cosmos… Promis je fais vite !

- Vous parlez toujours comme ça à votre chien ?

Sam sursauta surpris de découvrir Lucie adossée au chambranle de séparation entre le hall et le salon. Instinctivement l’envie de lui répondre:

« Mais qu’est-ce que vous faites là vous ? » lui brula les lèvres mais il remplaça cet accueil un peu hard par : « C’est bizarre que Cosmos n’est pas réagi, il aurait dû sentir votre présence ? »

- Il l’a sentie, n’ayez craintes. Quand vous êtes allé dans la cuisine il m’a même dit gentiment bonsoir  à grand coups de bisous.  Et puis, dès qu’il a compris ce que vous ouvriez il m’a laissé tomber ! C’est ça les males !

 

Sam lâcha un long soupir passablement bruyant retira ses lunettes et se frotta la commissure du nez entre le pouce et l’index en fermant les yeux.

- Ca c’est un geste de fatigue ou de lassitude.

- Peut-être les deux mon colonel. Je vous offre un verre ?

- Au point où nous en sommes ; pourquoi pas ?

- Pourquoi pas orange ? Pourquoi pas whisky ? Pourquoi pas cognac ?

- Pourquoi pas orange tout court avec des glaçons si…

- Pas de soucis.

Il alluma  au passage, comme guidé par l’habitude,  sa chaine stéréo d’un autre siècle qui enclencha automatiquement  un cd, certainement placé la veille dans le lecteur, et une douce musique de piano bar, reprenant les grands standards français et américain, remplit l’espace.

 

- Il est bon votre jus d’orange.

- Je viens de les presser. On ne peut pas plus frais et plus naturel.

- Alors ? Vous m’expliquez !?

- Ah c’est vrai. Allons-y. Je n’étais pas venu à cette soirée pour trouver l’âme sœur ou faire une conquête. Et Lou non plus d’ailleurs ; enfin je crois.

- Moi non plus.

- Alors pourquoi faudrait-il que je vous explique ? Restons-en là ! Disons que c’est un quiproquo … une erreur de jugement, une maladresse de ma part.

- On pourrait en effet! Ou se dire qu’on ne vient jamais dans ce genre de soirée dans ce but… Et puis ; le hasard… les rencontres, les affinités. Les choses se font ou ne se font pas.

- Et bien, c’est ça. Elles ne se font pas.

- Je veux bien Sam mais il s’est passé quelque chose entre nous, avouez-le au lieu de reculer chaque fois que je m’avance.

Sam la fixa droit dans les yeux un sourire gêné naissant aux coins des lèvres. Lucie tint son regard. Et c’est Sam qui baissa les yeux le premier.

- La vraie réponse c’est que je ne suis pas libre.

- Ha ! Boum ! Le coup de massue. Vous êtes marié ?

- Non. C’est pas ça. C’est plus compliqué.

- Y’a quelqu’un d’autre dans votre vie ?

- Oui et non!

-  Alors là ! C’est vraiment compliqué.

- Je ne suis pas libre dans ma tête.

- Mais encore?

Sam hésita. Devait-il entrer dans le long déballage d’une histoire qui risquait de lui nouer la gorge ou résumer? Il hésita puis se lança sans avoir choisi l’une ou l’autre des deux formules.

 

- J’ai aimé une femme. Aimé comme on aime rarement. Eperdument, passionnément peut-être à la folie. Notre relation à durée plusieurs années avec bien sur des hauts et des bas, des ruptures, des déchirures mais ça ne s’éternisait jamais. C’était même bénéfique. Nous avions à chaque fois la certitude, qu’il fallait qu’on se retrouve. Que nous ne pouvions pas vivre l’un sans l’autre. C’était viscéral. En plus de l’envie nous étions dans le besoin permanant.

Il y avait le besoin physique évidemment mais pas que. Le besoin de se retrouver, de sentir ce courant magique passer juste à travers nos mains, une caresse, un baiser, un regard. La présence même dans le silence. Des discussions sur tout sur rien qui n’en finissaient pas. C’était l’Amour avec un A triplement majuscule. J’aimais sa fragilité elle aimait ma protection. On s’aimait à connaitre l’autre jusqu’au moindre grain de peau. Deviner dans un simple battement de cil. Se comprendre sans parler et parler sans jamais se lasser.

- Que s’est-il passé ?

- Dans un couple la force de l’Amour n’a pas la même puissance des deux côtés. Y’en a toujours un qui aime plus ou différemment que l’autre. Je l’aimais trop elle ne m’aimait pas autant. J’étais amoureux elle ne l’était pas. Elle avait subi de nombreux revers amoureux dont les cicatrices ou le souvenir l’empêchaient de croire, de se donner entièrement.   Etrangement je l’aimais tant qu’elle a même douté de ma sincérité. Etait-ce possible ? C’est certainement la question qu’elle se posait.

 

Et puis un jour ; les craintes, les doutes, les différences appliquées à ce verbe  aimer,  même si c’était fabuleux m’ont fait prendre conscience que nous ne pouvions être que des amants.  De merveilleux amants. Merveilleux.

- Et aujourd’hui ?

Elle est partie. Loin très loin. Au bout du monde pour peu que le monde qui se résume à une sphère ait un bout. Elle est partie vivre une autre vie. Et moi je suis resté près, très près d’elle comme si elle ne m’avait jamais quitté.

- Avec l’espoir qu’elle revienne ?

- Certainement… mais j’en sais rien. Nous en avions discuté et même si ça me faisait mal j’étais d’accord avec sa décision  

- Elle vous manque ?

- Bien sûr! À en crever ! Mais est-ce que je lui manque autant qu’elle me manque ? Pas sûr.

-Il faut oublier.

- J’en ai à la fois très envie et je n’y tiens pas. Etrange paradoxe non ?

 

Si  la musique adoucit les mœurs grâce à elle et à l’éclairage tamisé de la lampe de chevet la plénitude avait envahi l’espace. Cosmos affalé de tout son long, pattes croisées et museau à plat sur le tapis au raz des pieds se Sam  prenait confortablement  ses quartiers de nuit tandis que  la voix de Sam berçait Lucie. Les réponses autant que les questions s’espaçaient lentement très lentement jusqu’à atteindre le silence. Lucie s’était endormit sur le canapé suivit de près par Sam qui se réveilla presque aussitôt, la couvrit d’un plaid en mohair et rejoint sa chambre d’un pas mécanique les yeux mi-clos.

 

Dès son entrée dans le sommeil, où  ne se projettent pas encore les rêves mais un retour vers des souvenirs immédiats, comme si elle se repassait le film une partie de sa journée Lucie se vit tourner au bout de la main de sam. Spectatrice de ses envolées irréelles où dans un  ralenti planant son sourire croisait celui de Sam et leurs yeux pétillants exprimaient cette joie de danser ensemble qu’elle ressentait plus fort encore comme un bonheur d’être avec lui, si près, comme si l’amour les avait enveloppés. En même temps, mais ce second phénomène empiéta sur d’autres images, elle entendait sa voix, comme une voix off raconter…raconter… raconter…

 

Quand je vous ai aperçue de dos, face au buffet, j’ai été bouleversé même sans voir votre visage j’ai cru que c’était elle. La ressemblance était flagrante. Meme taille, même silhouette, même coiffure même  couleur de cheveux, même style de vêtements, même démarche… cette façon si particulière de rester en appui sur une seule jambe aidée d’un léger déhanché, cette façon de redresser ses mèches du bout des doigts. Meme ligne de jambes, de hanches, de cuisse que j’adorais pour leurs galbes musclés et tonique.  Et qu’évidement, elle trouvait trop grosses.

 

Ce n’est pas cette extraordinaire ressemblance, à laquelle à cet instant  je ne pensais pas, qui m’a subjugué mais  la certitude et la surprise de sa présence. Elle était là ! Juste à quelques mètres  de moi. C’était à la fois magique et incroyable. D’où l’insistance de mon regard.

 

Et puis vous vous êtes retournée. Et j’ai compris que ce n’était qu’une apparition fantomatique par procuration. Je ne vous matais pas j’étais fasciné. Je m’étonnais. En une seconde je suis passé du merveilleux à la déception, des frissons à la presque tristesse et en même temps à une image surnaturelle. J’avais un mal fou à croire à la réalité. Malgré-moi  j’ai continué à vous observer pour voir jusqu’où cette ressemblance pouvait aller. Et elle allait encore plus loin beaucoup plus loin….plus loin… plus loin... Loin… loin…

 

Sur ce loin en écho  la voix off de Sam s’estompa peu à peu pour accompagner Lucie  dans sa douce immersion  vers un  sommeil profond.

 

Troisième épisode

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Le lendemain 10h.

 Sam se réveilla en sursaut, attrapa son réveil qui n’avait pas sonné, avant de s’écrier :

- Merde ! 10heures !

Il enfila, un slip et un pantalon en toute hâte, se saisit de son portable en même temps que d’une cravate arrachée à la va vite et sans choisir au revers de la porte de sa penderie et composa le numéro de Lou enregistré sous son nom qui sonna une bonne dizaine de fois avant qu’il ne décroche.

- Lou ?

- Oui…

- J’ai eu une panne d’oreiller.

- Ça arrive à tout le monde… C’est pas grave !

- Si c’est grave. Il est 10h et j’ai rendez-vous à 10h justement  avec le décideur de Super Machin les grandes surface, j’me rappelle plus le nom. Putain j’ai un mal de crane.

-Et alors ?

-Fais le patienter ! Raconte-lui n’importe quoi, dis-lui que j’arrive.

- Que tu arrives quand ? Très vite ! Le temps d’arriver.

- Ca c’est d’une précision mon vieux…Heureusement que tu bosses pas dans l’horlogerie. Mais… Tu es certain d’avoir rendez-vous ce matin ?

- Bien sûr que j’en suis certain. Je viens juste de consulter mon agenda.

- C’est drôle ça !

- Qu’est-ce qui est drôle ?

- Que tu es pris un rendez-vous un dimanche matin !

- Pourquoi on est dimanche ?

- Et oui !... On est dimanche. Premier jour de la semaine que tout le monde pense être le dernier.

- Ho ! Mer… excuse-moi de t’avoir réveillé. Je suis désolé.

- Pas grave. Mais au fait, et Lucie ?

- Quelle Lucie ?

- Bon ok ! Recouche-toi ! Les mélanges Sangria/Champagne c’est pas ton truc.

 

- Lucie ? Lucie ?

 

En se retournant il aperçut à la place libre sur la gauche  de la sienne une empreinte  légère  dessinée en plis et   froissements dans le drap. La fine couverture et les draps du dessus relevés en porte de sortie  et la marque en creux, plus profonde, laissée par l’appui prolongé d’une tête sur l’oreiller de la même place.

 

Il se frotta vigoureusement les yeux  comme si sa vision  lui avait joué des tours et si son acuité visuelle pouvait en dépendre, se mordit l’intérieur de la joue tout en auscultant murs sol et plafond d’un regard inquisiteur pour y trouver une réponse écrite en gros ou simplement sous forme d’indices. Puis, sans vraiment refaire totalement surface, encore sous l’influence des brumes d’un sommeil trop long et trop profond,  intrigué, il quitta  la chambre.

 

 Il sortit, sans retirer la cravate qu’il avait nouée autour de son cou

  et qui pendait sur sa poitrine nue ni avoir chaussé sa deuxième pantoufle introuvable qui devait jouer à cache-cache sous le lit.

 

Une fois dans le couloir il se dirigea d’une démarche  molle  vers la salle de bain avant que  le son du transistor remontant de la cuisine, branché sur RTL  ne fige son pas et lui impose  un demi-tour sur lui-même pour repartir dans la direction opposée où, après quelques mètres, il n’avançait plus guidé par les voix et la musique de la radio mais par la douce amertume d’une odeur de café et de pain grillé.

 

Il s’arrêta sur le pas de la porte pour regarder Lucie de dos qui s’activait devant le plan de travail pieds et jambes nues vêtue d’une chemise blanche.

- De très jolies jambes pensa-t-il avant d’intervenir.

- Bonjour Lucie.

- Bonjour Sam ! Bien dormi ?

- Je sais pas. Je crois. C’est ma chemise que vous portez !

- Ben oui. Elle est un peu grande  mais bon je fais avec dit-elle en grimaçant  une moue amusée tout en  montrant qu’elle lui arrivait au raz des fesses mais que par  son ampleur ça ne cachait pas grand-chose

- Et vous l’avez trouvée où ?

- Dans  votre armoire où voulez-vous que je la trouve ?

- Bien sûr ! Et vous avez couché où ?

- Sur le canapé.

- Sur le canapé ? Vous êtes sûre ?

- Oui. Au début sur le canapé et puis j’ai eu froid je suis venue dans le lit. Y’avait une place libre il est grand votre lit.

- Et on.. ?

- Et on a dormi.

- Que dormi ?

- Oui que dormi. Je m’étais allongée de mon côté sur le côté et puis vous avez du sentir que j’avais froid alors vous m’avais emboitée.

- Emboité ?

- Oui emboité. De dos. Enfin vous de face sur le côté et moi de dos. Mon dos contre votre poitrine et vos jambes suivant mes jambes. Et puis vous avez refermé vos bras autour de moi… emboitée. J’avais chaud, j’étais bien, très bien blottie dans vos bras.

- Et nous sommes resté longtemps : Emboités ?

- Je sais pas. Vous dormiez et moi je me suis endormi aussi.

- Je ronfle la nuit. Ca vous a pas gênée ?

- Non vous n’avez pas ronflé. Vous avez parlé.

- Ha ! Et j’ai dit quoi ?

- Non pas quoi ! Vous m’avez dit : Ma chérie… tu sens bon… j’aime ta peau.

- Non ?

Si ! Vous m’avez fait des bisous dans le cou et sur les épaules. Et comme vous m’enlaciez, vous avez pris mes seins dans vos mains.

- NOoooon !

- Si si ! Les deux en croisant vos bras. Un dans chaque main et encore des bisous dans le cou. Tout chaud tout doux. Et j’ai pas bougé.

- Mais je dormais ?!

- Oui je crois.

-  Et en plus  je dors…

- A poil je sais.

- Et vous ?

- J’avais gardé ma petite culotte. Je n’aurais pas dû ?

- Si si !

- Mais ne vous inquiétez pas. Vous avez été très très sage.

- Tu parles. Je vous ai pelotée  et ?…

- Et c’est tout !... Dommage.

- Dommage ?

- Ben oui dommage parce que…

- Parce qu’il y a eu autre chose ?

- Hier soir quand vous m’avez tout raconté et surtout pourquoi vous ne pouviez ou ne vouliez pas sortir avec moi j’ai eu un petit doute. Je me suis dit que peut-être vous aviez un autre problème. Un problème  mécanique par exemple.

- Mécanique ?

- Oui mécanique. Et quand vous étiez plaqué contre mon dos et mes fesses j’ai bien senti quelque chose de plus contendant que vos abdominaux me caresser les reins.

-Noon !

- Si !

- On appelle ça des tumescences péniennes nocturnes.

- En français ?

- Des érections nocturnes incontrôlées.

- Donc sans sentiments. C’est presque vexant… toute façon vous dormiez.

- Et alors suspens ? Qu’est-ce qui s’est passé après ?

- Rien ! Je vous l’ai déjà dit ! Mais au moins j’ai eu la réponse à mon doute. Vous fonctionnez mécaniquement  normalement.

- Je suis désolé.

- Pas tant que moi.

- Donc on a couché ensemble. Ou plutôt vous avez dormi à côté de moi ou contre moi.

- En gros c’est ça. Mais inspecteur Sam, vous avez terminé votre interrogatoire ? Où vous me mettez  directement en garde à vue ?

Excusez-moi Lucie. Je suis juste un peu..

- …Surpris ?

- Ca ne me ressemble pas.

- Vous pensiez vous connaitre mais votre inconscient vous a joué des tours. Socrate a dit : Connais-toi toi-même.

- Sauf que Socrate s’est contenté de reprendre à son compte et de rendre célèbre une devise inscrite au fronton d’un temple de Delphes.

- Et il a encaissé presque 2400 ans de droits d’auteur indus ?

Sam éclata de rire.

- Les droits d’auteur n’existaient pas, en plus ils ne sont versés que pendant 50 ans après la mort  de l’auteur. Mais si ça avait été le cas c’est son élève Platon qui les auraient encaissés. Socrate n’a jamais rien écrit de sa vie. 

 

Lucie, qui était restée de trois-quarts dos, se contentant de tourner la tête, au fil des questions/réponses se retourna enfin pour poser la cafetière fumante  au milieu de la table où elle avait déjà installé bols, confiture, beurre, sucre, lait, serviettes petites cuillères, bref tous les éléments nécessaires au petit déjeuner.

 

- Je vous sers ?

- Heu ! Si vous voulez ? Mais asseyez-vous.

Le col très largement ouvert de la chemise empruntée à Sam laissait clairement voir les courbes généreuses  de sa poitrine à la limite du raisonnable et deviner par les effets de transparence qu’a part sa petite culotte elle ne portait rien d’autre. Sam avait beau jouer l’indifférence il n’en restait pas moins homme et comme elle l’avait qualifié ; mécaniquement normal.

 

Elle beurra une tartine de pain grillé y rajouta de la confiture d’orange et la posa à côté du bol de Sam avant de s’en préparer une pour elle.

- Merci ! Comment vous savez que je prends de la confiture d’orange ?

- C’est la seule que j’ai trouvée dans le frigo. Y’a bien du Nutella dans le placard mais il est tout sec et la date de péremption et presque atteinte donc par déduction …

- Vous déduisez bien.

- Au fait, votre copine Babeth…

- Elle est belle, très très belle.

- Et très très seule aussi non ?.

- C’est un peu sa faute. Elle collectionne les ex. De super beaux ex mais des ex quand même.

 

Sam eu l’impression de s’entendre la veille face à Lou.

- Pourquoi ? Elle est invivable ?

- Ho non ! Pas du tout. Elle est même adorable. Attentionnée, super gentille, très cultivée mais…

- Mais ?

- Elle ne regarde chez les hommes que le physique. L’important c’est qu’il soit beau. Apres on dirait qu’elle parade avec sa conquête. Je l’ai toujours comparée à quelqu’un qui s’offre une super voiture sans se préoccuper de la consommation, du confort, de la fiabilité…

- Elle aurait pu rencontrer un beau mec avec qui ça marche ; c’est pas incompatible ?

- Et ben non ! Au début elle est sous le charme, lui aussi d’ailleurs, et puis ça se dégrade. Elle s’en lasse. Elle s’aperçoit qu’ils n’ont pas ou que peu  de centres d’intérêt communs. Bon je passe sur les détails mais ça ne marche jamais très longtemps.

 

Sam, tout en l’écoutant avec attention ne put s’empêcher de comparer les ressemblances et les différences d’avec son amie. Et si les lignes générales étaient à couper le souffle leurs visages n’avaient pas grand-chose en commun. Elles avaient toutes les deux leur finesse et leur charme mais sur ce plan il ne pouvait y avoir aucune confusion.   

 

- Elle a été mariée Babeth vous savez. Elle a même une grande fille. Et puis après son divorce, elle a souffert. Elle aimait son mari. Malheureusement Il était volage. Après lui, elle n’a plus  voulu  s’attacher. Juste s’amuser en femme libre et indépendante. Et c’est ce qu’elle a fait.

- Et maintenant ?

- Je crois qu’elle cherche la stabilité et l’amour. Je présume. Parce qu’a part Lou hier soir et pour l’instant on ne sait pas vraiment ce qui s’est passé elle n’a plus rencontré personne depuis un bail.

- Et vous ?

- Moi ? Je beurre des tartines de pain grillé à un homme gentil, séduisant, doux, attachant,  avec qui j’ai couché, sans faire l’amour ou presque, juste parce que j’avais froid sur son canapé et qui va me raccompagner chez moi dans pas longtemps.

 

- Vous êtes sure que vous aviez froid sur le canapé ? Il faisait chaud cette nuit.

Lucie sourit et ne releva pas son regard  fixé dans le miroir de son café noir.

- Y’a des moments dans la vie où même par une nuit de canicule on peut avoir froid tellement froid.

- Je sais. Lui répondit Sam qui lui aussi fixait son café pour éviter de la regarder dans les yeux et de chercher les mots qui sécheraient les larmes qui commençaient à lui remplir le regard.

 

- Au fait, je vous remercie d’avoir rangé la cuisine c’était un peu…

- Le bordel ? Pas tant que ça. Pour un homme seul je dirais même que c’est surprenant.

- Vous êtes sure que je vis seul ?

- Votre déco est très jolie mais ça manque de féminité. Tout est bien rangé presque au cordeau. Une femme aurait apporté une chaleur supplémentaire, un grain de folie, un soupçon de poésie… enfin je crois.

- Ca dépend de la femme.

- C’est vrai, ça dépend de la femme.

-….

Lucie se leva, se saisit de la cafetière, contourna la table puis s’approcha  de Sam à le toucher.

- Vous en voulez encore ?

- Oui merci. Vous vous rendez-compte Lucie qu’on s’est rencontré hier soir. Que ça fait moins de 15heures. Et qu’en 15heures nous DSC03621 - Copie.JPGavons diné ensemble, dansé, dormi…

- Pas couché ?

- Non pas couché. Et…

- …que je suis tombée amoureuse.

Tout en se libérant de ce doux aveu elle se saisit de sa cravate à deux mains.

-Moi avec juste votre chemise et  ma petite culotte je ne suis pas très…

- … très sexy.

- Mais vous avec votre cravate sur votre torse nu vous êtes…

- Ridicule !

- Non ! À croquer.

Elle tira sur la cravate comme pour maintenir son visage plus que pour le rapprocher du sien et posa un baiser sur ses lèvres du bout des siennes.

- Ya combien de temps que votre amie est partie ?

- Deux ans.

- Et depuis ?

- Personne.

- Moi, ça fait beaucoup plus longtemps.

Sur cette confession les phrases, les mots, les questions firent place au silence. Meme le son de la radio sembla se fondre dans ce microcosme sans bruit, vide de tout, sauf de leur présence. Ils ne se parlaient plus, ils communiquaient   par le regard. Les yeux dans les yeux ils ne  distinguaient  que la couleur de leurs iris

- Vous voulez que je vous raccompagne tout de suite ou qu’on déjeune ensemble ?

- Tu as vraiment besoin que je réponde ?

- Non. Mais j’étais obligé de poser la question.

- Juste déjeuner ?

-………….

 

Ainsi Va la Vie

 

Williams Franceschi

 

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23/11/2018
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