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Ainsi va la vie… Episode n°134… Les AMANTS…(2ieme partie)

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- Vous aimez danser ?

- J’aime. Mais je suis très mauvais.

- Vous mentez mal !

- Vous croyez ?

- J’en suis sure ! Affirma Lucie  en se saisissant de sa main du bout des doigts. Sam se sentit obligé de la suivre. A peine arrivés sur la piste la série de slows se terminait et Lucie eut juste le temps d’apprécier la chaleur des mains de Sam au creux de ses reins que déjà leurs corps  se séparaient pour engager les premières passes du  légendaire «Blue Suede Shoes » d’Elvis.

 

De rotation en entrelacés de bras sur ce rythme endiablé les visages précédemment fermés s’ouvrirent aux sourires et les regards aux pétillements lumineux du plaisir. Passes droites, enroulées ou déroulées Sam jouait avec une surprenante dextérité de la légèreté de sa partenaire où se mêlaient, dans ses tours qui soulevaient sa jupe, grâce et sensualité. Et puis, après juste deux minutes douze, sur les notes finales de la chanson et un dernier  demi-tour avec enroulé alors que les visages se frôlent et les corps s’immobilisent Sam ne relâcha pas l’étreinte de ses bras. Il bloqua Lucie contre lui, lui posa un baiser sur la joue et lui indiqua avec un sourire dévastateur en d’autres circonstances et la mine confuse qu’il retournait s’assoir. Lucie, un rien frustrée, le suivit sans lui lâcher la main.

 

- Vous dansez bien ! Très bien.

- Je vous renvoie le compliment parce que même bien menée et sans un minimum  d’entrainement ensemble vous… nous…

- Je dois vous avouer que j’ai pris des cours pendant quelques années.

- Vous n’avez rien perdu.

- Vous, je ne sais pas qui vous a appris mais ! Quel plaisir. On aurait pu continuer ?

- Vous auriez pu pas moi. J’ai un léger problème de jambes c’est déjà un exploit que j’ai tenu tout le titre

- Ha !

- C’est une longue histoire. J’ai eu un accident… et tatati et tatata… Je ne vais pas m’étaler en longues explications, ce n’est pas un secret mais c’est le genre de truc qui vous plombe une soirée vite fait bien fait. Et ce soir je veux garder votre sourire, en mémoire comme dernière image.

- Moi aussi. Vous avez un sourire tellement…

- Je le travaille tous les matins devant la glace.

- Menteur !

- Décidément  rien ne vous échappe.

 

45811944_2235204126796500_2540386556158410752_n.jpgBabeth et Lou, main dans la main rejoignirent la table. Entre deux coupes de champagne l’humour de Lou aida le temps à s’écouler plus vite que la rotation des aiguilles sans que jamais Babeth ne lui libère la main. Naturellement leurs doigts se dessoudèrent et il en profita pour les poser discrètement sur la jambe de Babeth.

Geste qui n’échappa pas à Sam qui s’en réjouit sans le montrer.

 

- Bon, les copains ! Je crois que je vais rentrer.

- Déjà ! Lança Lucie l’air dépité.

- Toutes les bonnes choses ont une fin, c’est bien connu.

- Vous êtes venus comment ? l’interrogea-t-elle.

- Avec une seule voiture, la mienne répondit Sam.

- Nous aussi surenchérit Babeth

- Ben c’est pas grave. Si vous voulez rester encore je pense qu’il n’y aura pas de problèmes pour que vous raccompagniez Lou.

- Non pas de soucis.

- Et moi ? Rajouta Lucie.

- Ha ! Ou vous restez avec  les deux tourtereaux jusqu’à la fin des hostilités, ou je vous raccompagne. Mais ça vous fait renter de bonne heure… La fête n’est pas terminée.

 

Sam embrassa les deux femmes puis Lou, récupéra son blouson, sa sacoche, remercia Alice, la prévint de son départ  puis se dirigea vers sa voiture.

A peine assis, alors que le plafonnier ne s’était pas encore éteint, la porte droite s’ouvrit et Lucie prit place sur le siège passager sans un mot ni un regard vers Sam.

- Vous habitez où ?

Lucie tapa son adresse sur le GPS apparent au milieu du tableau de bord.

- Y’a juste à suivre les indications de la dame dans la boite.

- Ok !

Apres quelques kilomètres, pour rompre la glace  Sam osa :

- Vous étés fâchée?

La réponse fusa.

- Non… déçue !

- Faut pas. Je comprends mais faut pas. Ceci dit vous êtes très jolie quand vous boudez.

- Je ne boude pas.

- Vous êtes très jolie quand même.

- Très jolie mais je ne vous plais pas ?

Le rire court et tonique en guise de réponse s’imprima en sourire résiduel  sur la bouche de Sam.

- Et ça vous fait rire ?

- Non pas du tout ! Je vais vous expliquer.

- Expliquez quoi ? Que derrière vos lunettes noires vous m’avez observée pendant une heure, qu’on a dansé ensemble, que sur la dernière passe vous m’avez fait un bisou sur la joue alors que vous aviez envie de me rouler une pelle !

Sam hausa des sourcils.

- Que vous avez tout fait pour caser votre copain avec Babeth qui elle ne regardait que vous. Ça pouvait laisser à penser…

Sa main sur le pommeau du levier de vitesse se souleva, hésita à se poser sur celle de Lucie puis repris sa place initiale dans une crispation nerveuse.    

- Vous avez senti tout ça ?

- Je suis une femme ! Et il y aura toujours des choses que les femmes sentent mieux que les hommes.

- C’est l’instinct féminin ?

- Ou un sixième sens !

- Et pourtant !

- Et pourtant ?

- J’ai dû être bien maladroit ? Mais ce n’est pas ça du tout. Enfin pas exactement.

- Et exactement c’était quoi alors ?

- On va juste s’arrêter une minute chez moi. On passe obligatoirement devant. Je donne à manger, je fais sortir  mon chien… et on reprend la route.

- Vous êtes sur ?

- Oui ! Je suis sûr. Je ne suis dangereux que les nuits de pleine lune.

 

Une fois la voiture garée Sam referma le portail d’un clic de télécommande.

- Attendez moi j’en ai pour une minute

La porte d’entrée à peine ouverte l’énorme berger belge accueillit Sam en posant ses deux pattes avant sur ses épaules.

- Je suis là !.. Je suis là… T’as faim ?

Sam pénétra dans la maison, se dirigea vers la cuisine et prépara la gamelle de son chien qu’il avait bien du mal, une fois accroupi à sa hauteur, à l’empêcher de lui lécher les oreilles. Léchouilles en forme de bisous chargés d’amour et d’une perpétuelle reconnaissance.

 

- Bon t’es gentil… Oui je t’aime moi aussi. Mais Stop!

Sur cette injonction le chien s’arrêta net et s’assit.

 - Je vais repartir … Pas longtemps… Je raccompagne la dame qui est dans la voiture… Ne fais pas cette tête Cosmos… Promis je fais vite !

- Vous parlez toujours comme ça à votre chien?

Sam sursauta surpris de découvrir Lucie adossée au chambranle de séparation entre le hall et le salon. Instinctivement l’envie de lui répondre:

« Mais qu’est-ce que vous faites là vous ? » lui brula les lèvres mais il remplaça cet accueil un peu hard par:

« C’est bizarre que Cosmos n’est pas réagi, il aurait dû sentir votre présence ? »

- Il l’a sentie, n’ayez craintes. Quand vous êtes allé dans la cuisine il m’a même dit gentiment bonsoir  à grand coups de bisous.  Et puis, dès qu’il a compris ce que vous ouvriez il m’a laissé tomber ! C’est ça les males !

 

Sam lâcha un long soupir passablement bruyant retira ses lunettes et se frotta la commissure du nez entre le pouce et l’index en fermant les yeux.

- Ca c’est un geste de fatigue ou de lassitude.

- Peut-être les deux mon colonel. Je vous offre un verre ?

- Au point où nous en sommes ; pourquoi pas ?

- Pourquoi pas orange? Pourquoi pas whisky? Pourquoi pas cognac?

- Pourquoi pas orange tout court avec des glaçons si…

- Pas de soucis.

- Sam alluma  au passage, comme guidé par l’habitude,  sa chaine stéréo d’un autre siècle qui enclencha automatiquement  un cd certainement placé la veille dans le lecteur et une douce musique de piano bar, reprenant les grands standards français et américain, remplit l’espace.

 

- Il est bon votre jus d’orange.

- Je viens de les presser. On ne peut pas plus frais et plus naturel.

- Alors ? Vous m’expliquez !?

- Ah c’est vrai. Allons-y. Je n’étais pas venu à cette soirée pour trouver l’âme sœur ou faire une conquête. Et Lou non plus d’ailleurs ; enfin je crois.

- Moi non plus.

- Alors pourquoi faudrait-il que je vous explique ? Restons-en là ! Disons que c’est un quiproquo … une erreur de jugement, une maladresse de ma part.

- On pourrait en effet! Ou se dire qu’on ne vient jamais dans ce genre de soirée dans ce but… Et puis ; le hasard… les rencontres, les affinités. Les choses se font ou ne se font pas.

- Et bien, c’est ça. Elles ne se font pas.

- Je veux bien Sam mais il s’est passé quelque chose entre nous, avouez-le au lieu de reculer chaque fois que je m’avance.

Sam la fixa droit dans les yeux un sourire gêné naissant aux coins des lèvres. Lucie tint son regard. Et c’est Sam qui baissa les yeux le premier.

 

- La vraie réponse c’est que je ne suis pas libre.

- Ha ! Boum ! Le coup de massue. Vous êtes marié ?

- Non. C’est pas ça. C’est plus compliqué.

- Y’a quelqu’un d’autre dans votre vie ?

- Oui et non !

-  Alors là ! C’est vraiment compliqué.

- Je ne suis pas libre dans ma tête.

- Mais encore ?

Sam hésita. Devait-il entrer dans le long déballage d’une histoire qui risquait de lui nouer la gorge ou résumer? Il hésita puis se lança sans avoir choisi l’une ou l’autre des deux formules.

 

- J’ai aimé une femme. Aimé comme on aime rarement. Eperdument, passionnément peut-être à la folie. Notre relation à durée plusieurs années avec bien sur des hauts et des bas, des ruptures, des déchirures mais ça ne s’éternisait jamais. C’était même bénéfique. Nous avions à chaque fois la certitude, qu’il fallait qu’on se retrouve. Que nous ne pouvions pas vivre l’un sans l’autre. C’était viscéral. En plus de l’envie nous étions dans le besoin permanant.

Il y avait le besoin physique évidemment mais pas que. Le besoin de se retrouver, de sentir ce courant magique passer juste à travers nos mains, une caresse, un baiser, un regard. La présence même dans le silence. Des discussions sur tout sur rien qui n’en finissaient pas. C’était l’Amour avec un A triplement majuscule. J’aimais sa fragilité elle aimait ma protection. On s’aimait à connaitre l’autre jusqu’au moindre grain de peau. Deviner dans un simple battement de cil. Se comprendre sans parler et parler sans jamais se lasser.

- Que s’est-il passé ?

- Dans un couple la force de l’Amour n’a pas la même puissance des deux côtés. Y’en a toujours un qui aime plus ou différemment que l’autre. Je l’aimais trop elle ne m’aimait pas autant. J’étais amoureux elle ne l’était pas. Elle avait subi de nombreux revers amoureux dont les cicatrices ou le souvenir l’empêchaient de croire, de se donner entièrement.   Etrangement je l’aimais tant qu’elle a même douté de ma sincérité. Etait-ce possible ? C’est certainement la question qu’elle se posait.

 

Et puis un jour ; les craintes, les doutes, les différences appliquées à ce verbe  aimer,  même si c’était fabuleux m’ont fait prendre conscience que nous ne pouvions être que des amants.  De merveilleux amants. Merveilleux.

- Et aujourd’hui ?

Elle est partie. Loin très loin. Au bout du monde pour peu que le monde qui se résume à une sphère ait un bout. Elle est partie vivre une autre vie, changer de vie. Et moi je suis resté près, très près d’elle comme si elle ne m’avait jamais quitté.

- Avec l’espoir qu’elle revienne ?

- Certainement… mais j’en sais rien. Nous en avions discuté et même si ça me faisait mal j’étais d’accord avec sa décision 

- Elle vous manque?

- Bien sûr! À en crever ! Mais est-ce que je lui manque autant qu’elle me manque? Pas sûr.

-Il faut oublier.

- J’en ai à la fois très envie et je n’y tiens pas. Etrange paradoxe non?

 

Si  la musique adoucit les mœurs grâce à elle et à l’éclairage tamisé de la lampe de chevet la plénitude avait envahi l’espace. Cosmos affalé de tout son long, pattes croisées et museau à plat sur le tapis au raz des pieds se Sam  prenait confortablement  ses quartiers de nuit tandis que  la voix de Sam berçait Lucie. Les réponses autant que les questions s’espaçaient lentement très lentement jusqu’à atteindre le silence. Lucie s’était endormit sur le canapé suivit de près par Sam qui se réveilla presque aussitôt, la couvrit d’un plaid en mohair et rejoint sa chambre d’un pas mécanique les yeux mi-clos.

 

Dès son entrée dans le sommeil, où  ne se projettent pas encore les rêves mais un retour vers des souvenirs immédiats, comme si elle se repassait le film d'une partie de sa journée Lucie se vit tourner au bout de la main de sam. Spectatrice de ses envolées irréelles où dans un  ralenti planant son sourire croisait celui de Sam et leurs yeux pétillants exprimaient cette joie de danser ensemble qu’elle ressentait plus fort encore comme un bonheur d’être avec lui, si près, comme si l’amour les avait enveloppés. En même temps, mais ce second phénomène empiéta sur d’autres images, elle entendait sa voix, comme une voix off raconter…raconter… raconter…

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Quand je vous ai aperçue de dos, face au buffet, j’ai été bouleversé même sans voir votre visage j’ai cru que c’était elle. La ressemblance était flagrante. Même taille, même silhouette, même coiffure, même  couleur de cheveux, même style de vêtements, même démarche… cette façon si particulière de rester en appui sur une seule jambe aidée d’un léger déhanché, cette façon de redresser ses mèches du bout des doigts. Même ligne de jambes, de hanches, de cuisses que j’adorais pour leurs galbes musclés et leur tonicité.  Et qu’évidement, elle trouvait trop grosses.

 

Ce n’est pas cette extraordinaire ressemblance, à laquelle à cet instant  je ne pensais pas, qui m’a subjugué mais  la certitude et la surprise de sa présence. Elle était là ! Juste à quelques mètres  de moi. C’était à la fois magique et incroyable. D’où l’insistance de mon regard.

 

Et puis vous vous êtes retournée. Et j’ai compris que ce n’était qu’une apparition fantomatique par procuration. Je ne vous matais pas j’étais fasciné. Je m’étonnais. En une seconde je suis passé du merveilleux à la déception, des frissons à la presque tristesse et en même temps à une image surnaturelle. J’avais un mal fou à croire à la réalité. Malgré-moi  j’ai continué à vous observer pour voir jusqu’où cette ressemblance pouvait aller. Et elle allait encore plus loin beaucoup plus loin….plus loinplus loin.

 

Sur ce loin en écho  la voix off de Sam s’estompa peu à peu pour accompagner Lucie  dans sa douce immersion  vers un  sommeil profond.

 Ainsi Va la Vie

(A suivre…)

 

3ieme et derniers épisode le 23 même jour même heure…

 

Williams Franceschi

 

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17/11/2018
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