Articles et chroniques

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Ainsi Va la Vie… épisode n°117 « GARANCE... »

Ainsi 117-1 copier.jpgDurant les cinq mois qui l’avait séparée de leur première rencontre, Garance ne cessa jamais de penser à Sam. Si au début elle s’était contentée des images furtives et imprécises que lui renvoyait sa mémoire, mis à part son sourire et ses yeux sur lesquels elle se focalisait avec précision; très vite, comme pour combler un manque  physique  elle capta des photos en gros plan visage sur le net.

Dans un premier temps elle les logea, presque en catimini avec un sentiment coupable,   dans son portable. Et puis   elle succomba à la tentation  d’en faire tirer plusieurs sur papier.  Elle les dissimula d’abord dans le tiroir de sa table de chevet avant d’oser les placer ; au début  volontairement perdues parmi d’autres dans un cadre multi photos,  puis  seules dans deux cadres accrochés bien en évidence sur un mur de sa chambre. Bien en évidence et sur le chemin de la salle de bain. Est-il utile de préciser que cet emplacement stratégique sur le tracé de ses déplacements n’avait rien d’anodin ?

 

Un jour, après une matinée shopping et un mini troc de fringues, une amie qui se changeait dans sa chambre s’arrêta devant les deux cadres, surprise par leurs présences et leur contenu,  en écarquillant les yeux et osa la question qui tue :

- C’est un parent à toi ?

Garance répondit sur un ton, en grimaçant une moue souriante et pincée, qui exprimait un arrêt définitif de la moindre inquisition avant qu’elle n’engendre l’ouverture d’hostilités:

- Il est beau non ?...

La question, si elle ne répondait pas à la question précédente, en ouvrait d’autres et attisait la curiosité.

- Il est pas mal…

- Pas mal ?

- Ca dépend pourquoi faire ?! Surenchérit l’amie en jouant d’un regard gourmand.

- Juste pour amuser les enfants et raconter des histoires…

- Quel gâchis…

Sur cette affirmation flatteuse, mais qu’elle encaissa avec une pointe de jalousie, Garance eut une folle envie de se confier et son amie d’en apprendre davantage. Mais les postures, les regards, les sourires jouant les sous-entendus lourdement appuyés suffirent.

 

Quelques minutes plus tard, devant une tasse de thé, dont le parfum des aromes feutrait l’instant comme s’il les avait téléportés toutes les deux sur une terrasse en bambou au cœur de Ceylan,   Garance sentit à nouveau monter en elle ce besoin de tout raconter. Mais elle refreina immédiatement  cette envie. Raconter une histoire qui n’avait dans la réalité durée que quelques toutes petites heures, et puis compléter en  déballant tout ce qui n’était que ressentis, sentiments, supputations et espoirs la gênait. Ce genre de déballage engendre, ne serait-ce que par politesse, l’obligation d’écouter l’avis de l’autre ; sinon autant se jouer un monologue à haute voix  dans sa salle de bain en bénéficiant en plus de l’effet de réverbe. Car le seul avis qui lui importait pour l’instant c’était le sien. Même si elle était consciente des doutes, qui lui occasionnaient des papillons dans le ventre, et de la fragilité de la situation, qui hachait le sommeil de ses nuits. Et puis raconter quoi ? Qu’elle avait collé deux photos au mur comme un trophée de guerre alors qu’elle n’avait encore remporté aucune bataille. Qu’elle se trouvait même un peu ridicule. Qu’il ne s’était rien passé, sauf dans sa tête et qu’il ne se passerait peut-être rien. Qu’elle se faisait son cinéma presque comme une ado et que consciente de son inconscience la femme se berçait néanmoins d’illusions ?

 

Elle n’était convaincue que d’une seule chose ; ce soir-là, Oui ce soir-là, il s’était passé quelque chose justement. Quelque chose qu’elle n’avait jamais ressenti avant. Elle était presque certaine, mais c’est évidemment le presque qui la gênait, que  Sam avait ressenti le même frisson lui traverser le corps. Le même besoin de ne plus se quitter. La même enivrante envie de l’embrasser, de sentir  ses bras la serrer, de garder comme elle l’avait fait en le frôlant l’odeur de sa peau comme un parfum unique.

Et puis le pire ou le meilleur ; par pudeur elle ne se l’avouait qu’a elle-même à demi-mot, l’envie de faire l’amour ne lui avait pas simplement traversé l’esprit. Son corps en avait gardé un témoignage humide et chaud.   

 

Oui ! Il s’était passé tant de choses ce soir-là en si peu de temps. Tant de choses qu’elle s’interrogeait encore. N’avait-elle pas un peu perdu la tête ? Mais non elle ne l’avait pas un peu perdue … Non ! Elle l’avait juste complétement perdue, infime nuance.  

Est-ce que c’était ça le coup de foudre ? « Pas sûr » se rassurait-elle en se souvenant de l’adage qui dit  qu’un coup de foudre  ne dure pas plus de trois mois. Et elle, par chance, elle flottait dans un état second  à chaque fois qu’elle pensait à Sam et ce depuis plus de cinq mois. Preuve qu’elle vivait autre chose.      

 

L’idée de forcer le hasard pour créer, malgré un scénario précis et pointilleux, le plus naturellement du monde une nouvelle rencontre, lui traversa  maintes  fois  l’esprit. Mais peut-on forcer le hasard pour que la chance soit enfin au rendez-vous ? Elle essaya bien de le croiser sur le chemin de ses habitudes,  mais ses habitudes n’ayant pas d’horaires précis, après plusieurs essais infructueux, elle abandonna.

 

Après trois mois, elle connaissait tout ou presque sur la vie de son conteur d’un soir.   Surtout en  récoltant à travers les réseaux sociaux toutes les infos publiques qui lui permirent d’ébaucher une base.  Mais au fond que connaissait-elle ? Rien de plus qui ne soit notoirement connu.  Juste la face visible de l’Iceberg. A la fois beaucoup et si  peu. Mais a-t-on besoin de connaitre pour deviner ?   

 

Ce n’est que dans les deux derniers mois, après de longues, très longues hésitations qu’elle osa enfin interroger son ami Claire. Et Claire se prêta  gentiment au jeu des questions-réponses.

 

Si lors des premiers entretiens ;  l’impression de trahir Sam dérangea Claire ; cette a priori s’émoussa très vite pour totalement disparaitre lorsqu’elle comprit la force des sentiments qui habitaient Garance. Lorsqu’elle comprit aussi que cette soif de savoir : « qui était vraiment cet homme » qui taraudait Garance ne relevait pas d’une curiosité mal saine mais plutôt d’un besoin de  comparer l’image qu’elle s’en faisait avec la réalité. Meme si cette réalité devait lui être livrée par morceaux,  bribes, petits bouts, confettis parfois, qu’il faudrait replacer, recoller, ordonner…   Si Claire entra parfois dans l’ombre de détails intimes elle garda en permanence une certaine réserve.

 

- Mon regard sur Sam est un regard d’amie, pas de compagne, de femme ou de maitresse. Et ce que je sais de l’amant ou de l’homme amoureux  est sans objectivité. Ce ne sont que des : « on dit », ou ce que certaines de ses amies, d’un jour, d’un mois ou plus ont pu me confier. Les confessions de femmes, quand c’est terminé ou presque avec ce genre d’homme, sont soit presque trop élogieuses, soit se noient dans des silences  qui marquent de regrets un aveu d’échec. Et sur ce plan Sam n’a jamais été loquace. Il tourne en dérision et se moque de tout, de rien, de lui ; jamais de l’autre…

- Et ses chagrins ? Il les vit comment ?

- Il n’en parle jamais. Il dit qu’il oubliera en écrivant. Il dit : Ecrire c’est se délester de poids superflus pour ne pas couler.

- Si je comprends bien c’est la perle rare ?

- Peut-être ? Si elle n’était pas rare on l’aurait déjà pêchée.

- Mais on l’a déjà pêchée

- Oui c’est vrai. C’était beau et ça a duré longtemps. Une belle, très belle histoire

- …..

- J’ai pas envie d’en parler. Ça fait partie d’une autre vie. Si… Il t’en parlera lui-même.

- Je comprends

- Remarque sur ces ex,  même les pires il est aussi très discret

- Y’en a eu beaucoup ?

- Des pires ?

- Non des ex ?

Claire se contenta d’un sourire. Si elle avait parfaitement perçu la démarche de Garance son amitié pour Sam verrouillait quand même quelques portes dont elle pensait qu’on pouvait s’en sortir sans les emprunter.

 

Toutes ses conversations se faisant sous le joug du secret et de la confidence le « Ça reste entre nous » plus qu’un leitmotiv s’élevait en blason. Garance avait tiré une foison de renseignements qui corroboraient ses espérances, et si elle s’était plus que livrée sur ses sentiments et ses intentions elle refusait que Claire ne joue les entremetteuses. Elle le refusait avec tant d’insistances que Claire en vint à douter de la véracité de sa requête. Ne cherchait-elle pas plutôt le contraire de ce qu’elle affirmait ?        

 

La vraie question que ne formulait jamais Garance et que percevait Claire par transparence  sans  oser y répondre   était bien plus simple et elle aurait dû commencer par-là : « Penses-tu que j’ai une chance ? ».

 

Après avoir suivi  du regard la voiture de Claire franchir le portail et virer sur la droite en quittant la propriété ; Claire aurait pu dire : « Sésame ferme-toi » en appuyant sur le bouton de sa télécommande, mais la sonnerie de son téléphone capta son attention. La communication fut courte. Juste le temps de se débarrasser poliment mais avec une certaine exaspération  d’un ixième vendeur de véranda à l’accent vietnamien qui avait non seulement copieusement écorché son nom mais insistait lourdement. Le combiné remis en place ; c’est les crissements de pneus sur les graviers de l’aire de stationnement qui la firent sortir de sa courte latence et reprendre pied.

 

-Mince ! Sam !  A quelques minutes près, ils se rencontraient. A quelques secondes près ils se croisaient sur le parking. À quoi tiennent les choses ?

 

Sam gara sa voiture d’un autre siècle, récupéra sa veste parfaitement pliée sur le siège arrière, prit le temps de la défroisser par principe d’un balayage vif de la main, avant de l’enfiler. Il rangea ses cheveux d’un geste machinal, puis ouvrit son coffre et en extrait un bouquet de fleurs armé en son centre d’un énorme lys. Un seul. Il n’avait pas oublié que si claire adorait cette fleur l’odeur lui était entêtante.

 

Claire ne s’était pas précipitée. De derrière sa fenêtre avec un sourire de plaisir et de compassion elle l’observait. Elle l’observait et savourait chacun de ses gestes. Son allure, sa démarche, sa façon de sentir ses fleurs et de dodeliner de la tête de satisfaction,   s’arrêter dans son mouvement comme s’il venait de se souvenir d’un oubli… et puis de reprendre son déplacement  comme si au fond cet oubli n’avait pas grande importance.

Elle l’observait. Et plus elle retrouvait ces gestes qu’elle connaissait par cœur et dont il lui offrait en raccourci un condensé plus  son petit sourire irradiait son visage. Le bonheur tient parfois à si peu. Elle pensa à leur croisement. Comme quoi le destin peut se jouer à quelques secondes près.  Elle pensa en l’observant qu’elle aurait pu dire tellement de choses à Garance sur Sam. Tellement de choses qui n’appartiennent qu’à elle, qu’à lui. Tellement de choses que Garance, si la suite lui était favorable découvrirait d’elle-même. Tant de choses qui se vivent, se ressentent, mais ne se racontent pas.

 

Les tasses et la théière sur leur plateau encombraient encore la table de Salon. Sam les remarqua et en déduit ; connaissant le coté presque maniaque de Claire sur le ménage, le rangement, la déco et son intérieur en général, que la collation n’avait pas du être prise depuis très longtemps.

 

Claire accepta les fleurs en évitant le : « Fallait pas » elle était ravie de l’attention et lui fit savoir.

-Bon ! Monsieur Sam tu n’es pas passé par hasard ! Puisque ce genre de bouquet ne se ramasse pas encore le long des chemins creux et comme je n’ai pas eu de tes nouvelles depuis…   

- le  7 octobre

- Voilà qui est précis… Ta visite, pas d’chance, c’est pas pour mes beaux yeux.

- T’es bête. J’ai toujours aimé tes yeux

- Non,  c’est pas vrai, c’est moi qui aimais tes yeux…

- Alors en premier mon cher Sam Sherlock… La personne qui a bu le thé avec moi ne s’appelle pas Garance.

Sam fronça d’abord les sourcils puis ouvrit grand les yeux

- Son vrai prénom c’est Angélique reconnait que ça va beaucoup mieux avec son physique...

- Non mais Garance… c’est joli aussi

- Oui mais Angélique ?!  À choisir entre Arletty  et Michèle Mercier ?

- Franchement je m’en f…

- Moi aussi. Garance c’est un surnom que lui avait donné son grand père parce que petite fille sa maman l’habillait de rouge.

- Mais pourquoi tu me parles de Garance ?

- Parce qu’elle sort de chez moi, que vous avez failli vous croiser et que quelque chose me dit que … mais ai-je un sixième sens ou n’est-ce que cette intuition féminine dont on parle tant ? Qu’elle ne t’a pas laissé indifférent il y a quelques mois.

- Pas du tout

- Ou tu es de mauvaise foi ?…

- Ou tu t’es plantée ?…

DSC03389.JPG- Ou je me suis plantée ?… Dommage ce ratage à quelques seconde près.

- Y’a qu’à attendre. Si les choses doivent se faire elles se feront.

Rajouta  Sam en y collant un air  amusé, fataliste et chargé de flegmatisme

- Mais attendre. Attendre ? Combien de temps ? ça fait des mois qu’elle attend..

- Quelques longues minutes, une heure, une heure et demie ça dépend !

- Ca dépend ? … mais ça dépend de quoi ?


- Du temps qu’elle mettra pour s’en apercevoir.

Mais ça fait des mois qu’elle cherche, qu’elle s’interroge et tu penses qu’elle va trouver la réponse en une heure.

Oui !... le temps qu’elle récupère sa fille à l’école, qu’elle rentre chez elle, qu’elle fouille dans son sac pour trouver les clés de son appart, et là qu’elle s’aperçoive…

- Quelle a perdu ses clés ?

- Non qu’elle a oublié…

Et Sam désigna du doigt le petit boitier posé  à côté des tasses sur la table basse caché en partie par l’épaisseur du plateau

… qu’elle a oublié son téléphone.

- Merde !... mais c’est vrai elle a oublié son portable.

- Alors comme aujourd’hui beaucoup de gens sans leur téléphone se sentent  carrément tout nus, et que je pense que ce n’est pas le genre à se balader à poil dans la rue ?! Y’a des chances qu’elle passe récupérer son « fil à la patte » plus vite que prévu.

- Et tu vas l’attendre ?

- Je vais peut-être revisiter le jardin le temps qu’elle arrive…

- Et ?

- Et ?...Si la vie écrit une suite à cette histoire… tu en auras la primeur.

Ainsi Va la Vie

 

(A suivre…)

 

Williams Franceschi

 

 

 

Les conseils de la semaine…. 

 

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1) Concert: Ennio MORRICONE  Tournée d'ADIEU ...le 23 juin à Nîmes...

 

2)Festival: du 25 au 30 juin 18ieme FESTIVAL INTERNATIONAL de GUITARE Lambesc (13)

 

3) Exposition et baptême de l'air: Aéro-club Luçon-Chasnais du 30 juin au premier Juillet  (85) Chasnais en Vendée

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4) Mer : 30 juin au 1er juillet : « L’étang des voiles » Port de Sausset les pins (13)

 

5) Concert: 30 juin

François STAAL & the stranges wolves  à la Boule Noire Paris 

 

6) Comédie Musicale: Le 4 juillet  "Voyage en Italie"  Angela AMICO à Notre Dame du Brusc 06 Châteauneuf 

 

7) Concerts: le 4 et 5 Juillet  6ieme SIXTIES SORGUAISES   Sorgues (84) … Le  5 à 22h

Les VAGABONDS et HELENE en première partie ne pas manquer !!

 

8) Comédie: L'ETE S'RA CHAUD   Isabelle Virantin   Sébastien THEBAUD jusqu'au 31 juillet Le dimanche à 20h45 et le mardi à 19h L' ATN Bègles   

 

9) Roman : « Une fille comme elle » Juste envie de vous dire que je me suis régalé. Alors pourquoi pas vous ? Et que, serais-je épicurien ? Ce plaisir presque gustatif est  la seule chose qui m’importe.

 

 

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23/06/2018
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